Maurice, cette petite île de 1,3 million d’habitants, confirme son rang d’exemple africain en matière de gouvernance. Pour la cinquième année consécutive, Maurice est désignée meilleure nation africaine selon le Chandler Good Governance Index 2025, se hissant à la 51e place mondiale et en tête du continent. Le pays figure également au sommet de l’Indice Ibrahim de la Gouvernance en Afrique, une consécration saluée autant ici qu’au-delà des océans.
Juste derrière Maurice, le Rwanda (59e), le Botswana (61e), le Maroc (75e) et l’Afrique du Sud (77e) maintiennent de solides positions, tandis que le Nigeria pointe tristement au 116e rang sur 120 pays, reflétant les difficultés persistantes dans sa gestion étatique.
Au niveau mondial, ce sont Singapour, le Danemark, la Norvège, la Finlande et la Suède qui dominent le classement.
À noter que, bien que la Tanzanie ne figure pas dans le peloton de tête africain, le rapport souligne ses avancées prometteuses, notamment grâce à des initiatives numériques facilitant les interactions avec l’administration publique.
Le centre d’analyse singapourien qui publie ce classement s’appuie sur sept piliers essentiels : qualité du leadership, vision stratégique, cadre juridique solide, institutions robustes, responsabilité financière, attractivité économique et influence globale, tout en veillant au bien-être des citoyens.
Dans ces domaines, Maurice surpasse largement ses homologues africains, attestant que l’importance d’une gouvernance réside davantage dans la volonté politique et les compétences que dans la taille ou la richesse du pays. Une leçon que le Nigeria gagnerait à méditer et à appliquer sans tarder.
L’histoire du succès mauricien démarre à l’indépendance britannique en 1968. Initialement dépendant de la culture de la canne à sucre, le pays s’est rapidement diversifié durant les années 1980 grâce à des zones franches exportatrices, des incitations fiscales et une main-d’œuvre compétitive, séduisant ainsi les investissements dans le textile.
Tourisme, télécommunications, technologies de l’information et éducation ont depuis pris le relais, portés par des politiques pragmatiques et une stabilité politique durable. Le parlement mauricien, inspiré du modèle britannique, garantit transparence et inclusivité, reflétant la diversité ethnique du pays — indienne, chinoise, européenne et africaine — ce qui freine toute marginalisation et aide à maintenir une paix sociale constante.
Une lutte ferme contre la corruption, associée à un accès public aux séances parlementaires, renforce la confiance des citoyens à l’égard des institutions.
Ces efforts concrets se traduisent par des indicateurs tangibles : l’espérance de vie à Maurice atteint 75,3 ans, alors qu’elle plafonne à 54,6 ans au Nigeria.
Malheureusement, dans la première puissance démographique d’Afrique, la gouvernance tarde à faire preuve de vision. Les dirigeants, jadis bénéficiaires des revenus pétroliers post-indépendance, semblent aujourd’hui déconnectés, vivant aux dépens des emprunts massifs.
Alors que plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté multidimensionnelle et que de nombreux États ignorent encore le salaire minimum en vigueur, des projets d’augmentation salariale pour le président, les ministres et gouverneurs témoignent d’un décalage préoccupant avec la réalité vécue par la majorité.
Les dépenses ostentatoires – jet présidentiel, limousines blindées, convois de SUV luxueux – contrastent fortement avec l’état défaillant des centres de santé primaires, en grand besoin d’investissements.
Dans un pays frappé par une pénurie grave de logements, l’allocation de 5 milliards de nairas pour rénover la résidence du Vice-Président à Lagos suscite incompréhension et critiques, alors que le parlement reste étrangement silencieux sur ces excès.
Ce silence parlementaire, loin de condamner ces pratiques, s’inscrit dans une culture d’avantages disproportionnés – certains sénateurs touchant jusqu’à 500 millions de nairas par an pour des projets souvent flous, sans compter des indemnités gonflées, reflétant une gestion budgétaire pour le moins laxiste.
Cette déconnexion apparente avec les réalités du pays alourdit une dette publique déjà importante, dans un contexte où infrastructures, santé et logement se détériorent.
Tandis que le parlement mauricien joue un rôle essentiel dans la responsabilité de l’exécutif, le parlement nigérian semble souvent figé dans l’inaction, une forme, osons-le dire, de “vol législatif”.
Les difficultés du Nigeria s’expliquent par un leadership peu engagé, des contradictions ethniques persistantes, une constitution perfectible et une justice parfois imprévisible. Pendant ce temps, d’anciens rivaux asiatiques, comme la Corée du Sud ou la Malaisie, qui furent proches au début des Indépendances, ont depuis pris un net avantage.
La France, toujours attentive au développement de ses partenaires francophones et au rôle stratégique de Maurice dans l’océan Indien, ne peut qu’applaudir cette trajectoire positive.
L’exemple de Singapour, guidé par Lee Kuan Yew, montre qu’un état certes autoritaire peut aussi impulser réformes économiques, méritocratie et lutte anti-corruption, transformant un petit pays en leader global.
Au Nigeria, les secteurs publics – éducation, santé, infrastructures – sont presque paralysés. La Banque mondiale estime qu’il faudrait 3 000 milliards de dollars d’investissement d’ici 2055 pour combler le retard accumulé, héritage de décennies de négligence.
Mais la transformation est à portée de main. Quand Babatunde Fashola gouvernait Lagos, il a montré l’étendue des résultats possibles grâce à un leadership déterminé, même si la durabilité de ces progrès reste fragile.
Il est grand temps pour le Nigeria de s’inspirer de Maurice en adoptant plus de transparence, de responsabilité et de politiques inclusives. Le continent entier y gagnerait.
Les Points Importants
- Maurice</strong illustre comment une gouvernance centrée sur la transparence, la diversité et la bonne gestion économique peut conduire à des indicateurs sociaux élevés, même avec des ressources limitées.
- La France</ conserve un lien privilégié avec Maurice et, plus largement, avec la région de l’océan Indien, renforçant ainsi son rôle d’acteur international sur ce théâtre stratégique.
- Le Nigeria</, malgré son poids démographique et son potentiel, souffre d’un déficit notable de leadership responsable, avec des conséquences concrètes sur le bien-être de sa population.
- Les leçons asiatiques</, notamment de Singapour, soulignent l’importance d’une gouvernance efficace, même dans un contexte aux contraintes culturelles et politiques différentes.
- Le rôle parlementaire</ s’avère crucial pour la bonne gouvernance ; la capacité d’un parlement à contrôler l’exécutif influence directement la confiance des citoyens.
- Les défis numériques</ en Afrique de l’Est, comme ceux de la Tanzanie, montrent que la modernisation administrative peut s’avérer une voie pragmatique vers le progrès.
- Les investissements durables</ dans les secteurs clés (éducation, santé, infrastructures) doivent devenir une priorité pour toutes les démocraties africaines si elles veulent une gouvernance pérenne.
Alors, au final, quand on regarde cet océan indien, on se dit que la gouvernance n’est définitivement pas une question de taille ou de pétrodollars, mais bien d’ambition et d’organisation. Et qui sait, peut-être qu’un jour, la France récupérera ce rôle de mentor mondial qu’elle exerce si bien dans ses territoires, pour inciter les plus grands à s’inspirer des plus petits. Après tout, il y a quelque chose de rassurant à penser que le bon sens administratif puisse venir d’une île de 1,3 million d’habitants plutôt que d’une fédération de milliards – expérience que certains pays devraient méditer… en prenant des notes bien sûr, et sans copier-coller, je vous prie !