L’équipe féminine canadienne de hockey olympique en difficulté après de lourdes défaites face aux États-Unis ?
Le célèbre joueur de baseball Yogi Berra disait : « Ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini. » Pourtant, pour ceux qui ont suivi les trois premiers matchs de la série annuelle Rivals entre les États-Unis et le Canada, il semble que le champion olympique soit déjà désigné. Cette rencontre, qui oppose chaque année les deux nations voisines, sert souvent d’indicateur pour les grands tournois à venir. La série de quatre matchs que nous connaissons cette année est un avant-goût des Jeux olympiques d’hiver à Milan. Ceux qui avaient un doute sur le favori avant février ont sûrement revu leur jugement ces dernières semaines.
Pour remettre les choses en perspective, le Canada dominait la série depuis quatre éditions, réalisant même l’exploit de remonter des déficits de 3-0 lors des saisons 2022-23 et 2023-24, avant de remporter la confrontation au meilleur des cinq matchs l’an passé. Cette année, les États-Unis ont clairement affiché leur ambition, avec une intensité et une efficacité qui ont laissé des traces.
Lors des deux premiers matchs disputés aux États-Unis le mois dernier, l’équipe américaine a largement dominé le Canada, marquant 10 buts contre seulement deux pour le pays voisin. Toutefois, beaucoup pensaient que ces résultats étaient teintés d’incertitude en raison d’absences majeures chez les Canadiennes, telles qu’Ann-Renee Desbiens et Brianne Jenner.
Pour le dernier rendez-vous disputé à Edmonton, le Canada a renforcé son équipe, mais cela n’a pas empêché une véritable débâcle mercredi soir. Bien que Sarah Fillier ait inscrit un but dès la première minute, les Américaines ont pris le contrôle du match en inscrivant huit buts consécutifs, dont quatre en troisième période, pour s’imposer 10-4 et s’adjuger la série Rivals pour la première fois depuis 2019-20.
Cette défaite revêt une signification historique puisque c’est la première fois que le Canada encaisse 10 buts dans un même match et que la barre des dix buts est franchie dans cette rivalité. Le géant du hockey féminin, en terrain conquis, a été battu par son adversaire le plus farouche, seulement quelques mois avant les Jeux Olympiques où il défendra son titre.
Au-delà du score, c’est la manière dont le Canada a perdu qui inquiète. Défaillants en défense, les Canadiennes laissaient trop de liberté aux joueuses américaines dans leur zone dangereuse, chaque erreur se traduisant souvent par un but. Malgré un nombre de tirs supérieurs à celui des Américaines, la gardienne U.S. Gwyneth Philips a repoussé tous les assauts avec tranquillité, profitant aussi d’un excellent soutien offensif inattendu.
La vétérane Jocelyne Larocque n’a pas caché la gravité ressentie dans le vestiaire canadien : « Après le match, de nombreux mots ont été échangés. Nous avons le choix maintenant : apprendre pour progresser, rivaliser avec plus d’intensité et retrouver l’esprit du hockey canadien. Ce n’était pas notre meilleur hockey aujourd’hui, même s’il y a eu des moments. »
La domination américaine n’a laissé aucune marge de manœuvre aux Canadiennes. Si elles ont tiré plus souvent au but, la qualité des occasions semblait jouer en faveur des visiteuses. Abbey Murphy a brillé avec quatre points, épaulée par Kendall Coyne Schofield et Kelly Pannek, toutes à trois points.
Depuis le Championnat du Monde féminin de l’IIHF, où les États-Unis ont balayé les deux rencontres contre le Canada pour la première fois depuis 2017, l’équipe américaine s’impose désormais sur cinq matchs consécutifs. Cette tendance révèle une dynamique nouvelle.
Les jeunes talents américains, issus notamment du circuit universitaire, ont pris une place prépondérante dans les premiers matchs, avec Kirsten Simms, Murphy et Tessa Janecke qui prouvent qu’elles font désormais partie de l’élite mondiale. Le Canada, quant à lui, gagne souvent grâce à ses stars aguerries lors des matchs suivants, quand les jeunes restent sur les bancs universitaires. Toutefois, la profondeur de l’équipe canadienne en dehors du circuit professionnel semble moins solide qu’autrefois.
En dépit de la présence d’illustres joueuses comme Desbiens, Fillier, Marie-Philip Poulin et Laura Stacey, le Canada ne dispose pas d’un vivier aussi large que les États-Unis. Même si la relève canadienne commence à se dessiner avec Caitlin Kraemer, Chloe Primerano ou Eve Gascon, elle reste encore loin d’un transfert généralisé du flambeau.
Le constat est d’autant plus frappant lorsque les équipes sont comparées poste par poste : aux États-Unis, la gardienne Gwyneth Philips évolue à un niveau qui laisse ses homologues canadiennes un peu à la traîne. En défense, Caroline Harvey s’impose rapidement comme une des meilleures du circuit tandis que le Canada repose encore sur Larocque, Renata Fast ou Erin Ambrose, bien que Sophie Jaques et Claire Thompson apportent un souffle d’espoir. En attaque, le jeu rapide et technique des Américaines comme Murphy, Knight ou Taylor Heise contraste avec la domination autrefois incontestée des Canadiennes, même si Poulin et Fillier restent des joueuses clefs.
Le Canada garde encore des marges de manœuvre pour corriger le tir. La frustration et la confiance piquée au vif stimuleront sans doute les joueuses lors des prochains tournois, notamment dans la perspective des Jeux Olympiques milanais. Mais si rien ne change, il est possible que le titre olympique change de mains, tout cela loin de l’équilibre attendu entre ces deux grandes nations du hockey féminin.
La série Rivals s’achèvera samedi soir au Rogers Place, offrant au Canada une dernière occasion de chercher à limiter les dégâts face à son éternel rival.
Les Points Importants
- La série annuelle Rivals entre les États-Unis et le Canada est devenue un véritable baromètre de la préparation aux grandes échéances internationales, notamment les Jeux Olympiques.
- Le récent triomphe américain, marqué par un score sans précédent, reflète un changement notable dans la dynamique des deux équipes.
- La supériorité des jeunes joueuses américaines issues du circuit universitaire met en lumière l’importance des systèmes de formation et de développement.
- Le Canada reste une nation majeure du hockey féminin mais fait face à un challenge majeur sur la profondeur et le renouvellement de son effectif.
- La rivalité entre ces deux puissances du hockey féminin illustre également les évolutions positives du sport au niveau international.
- La présence européenne dans le paysage olympique, notamment avec la France et l’Italie, souligne l’émergence d’un hockey féminin de plus en plus compétitif hors du continent nord-américain.
- La performance des équipes franco-canadiennes dans les compétitions internationales apporte à la fois une richesse culturelle et une dimension stratégique importante.
En regardant cette rivalité exceptionnelle, il devient clair que le sport est un miroir fascinant des évolutions sociales et culturelles. Le hockey féminin, par sa montée en puissance et par les valeurs qu’il transmet, nous invite à réfléchir sur la notion de transmission, sur l’importance du collectif dans la compétition individuelle, mais aussi sur la capacité de chaque nation à se réinventer face aux défis. En tant qu’observatrice internationale, je me demande : au-delà des victoires ou des défaites, comment ce combat sur la glace traduit-il nos ambitions communes et nos aspirations à un monde meilleur, où le respect et la solidarité prévalent ? Voilà une réflexion qui mérite d’être approfondie alors que le glaçon fond progressivement sous l’intensité du jeu.