Comment le Canada a appris à ne plus paniquer face au changement climatique

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Comment le Canada a appris à ne plus s’émouvoir face au changement climatique

Dans le débat mondial sur le changement climatique, le Canada illustre bien cette ambivalence moderne qui caractérise bien des pays : d’un côté, une rhétorique environnementale forte, et de l’autre, des choix politiques qui privilégient souvent la croissance économique et la sécurité énergétique. Il semblerait que, pour beaucoup de Canadiens, la priorité donnée aux enjeux climatiques ait été récemment reléguée derrière d’autres préoccupations plus immédiates.

L’accord énergétique entre le Canada et l’Alberta : un tournant décisif

Un exemple emblématique de cette évolution est l’accord signé entre le gouvernement fédéral canadien et la province de l’Alberta. Ce partenariat prévoit l’accélération de la construction d’un ou plusieurs nouveaux oléoducs – financés par des fonds privés –, ainsi que la réalisation du plus grand projet mondial de capture de carbone. Ce deal s’inscrit dans la promesse électorale du Premier ministre Mark Carney de faire du Canada une « superpuissance énergétique ». Il garantit également à l’Alberta un accès direct aux marchés asiatiques, réduisant ainsi la dépendance historique du pays envers les États-Unis.

Pourtant, il y a à peine dix ans, un tel accord aurait été impensable. En 2014, le gouvernement conservateur avait lancé le Northern Gateway Project, un vaste projet d’oléoducs entre l’Alberta et la Colombie-Britannique bloqué finalement en 2016 par le gouvernement libéral de Justin Trudeau et par de multiples contestations, notamment des communautés autochtones.

Mark Carney, un Premier ministre engagé mais contraint

Entretemps, le rapport de force a changé : alors qu’en 2014, moins de 40 % des Canadiens soutenaient le projet Northern Gateway, ce taux est aujourd’hui proche de 60 %. Il s’agit d’une véritable inversion d’opinion publique, selon les observateurs. Ce contexte offre à Mark Carney – réputé pour son engagement en faveur du climat – un espace politique élargi pour lancer de nouveaux projets énergétiques.

Ce changement d’ambiance n’est pas sans tension : plusieurs conseillers fédéraux en charge du climat ont quitté leur poste, dénonçant les nouvelles orientations jugées contraires aux ambitions climatiques du Canada et à l’objectif officiel des « émissions nettes zéro ». Cette dualité illustre le dilemme entre volontés écologiques et impératifs économiques.

Le désintérêt croissant pour les enjeux climatiques

La journaliste Rupa Subramanya s’interroge : « Quand les Canadiens ont-ils cessé de s’inquiéter pour le climat ?». La réponse, nuancée, montre que ces préoccupations existent toujours mais ont été reléguées au second plan par d’autres priorités nationales. La pandémie de Covid-19 a déplacé le centre d’attention sur la santé puis, plus récemment, vers l’inflation, la sécurité économique et la souveraineté nationale.

En 2019, près de 29 % des Canadiens plaçaient le changement climatique comme leur inquiétude principale ; aujourd’hui, ils ne sont plus que 4 %. Les défis économiques immédiats, tels que la crise du logement, les barrières commerciales, ou les tensions avec les États-Unis prévalent désormais dans l’esprit des citoyens.

De l’éco-anxiété à la « trumpansie »

Un professeur de la Norman Paterson School, Yiagadeesen Samy, explique que les coûts des actions climatiques sont désormais perçus comme un obstacle aux problèmes quotidiens des Canadiens. L’émergence de Donald Trump dans le paysage géopolitique a accentué ces angoisses économiques et sécuritaires, éclipsant parfois les questionnements environnementaux.

Aujourd’hui, pour beaucoup, la construction d’un oléoduc est vue comme une réponse pragmatique à des crises concrètes, plutôt qu’un débat symbolique sur l’avenir de la planète.


Les Points Importants

  • Le Canada illustre le dilemme contemporain entre ambitions climatiques affichées et priorités économiques immédiates.
  • L’accord fédéral-Alberta pour construire des oléoducs reflète une évolution notable de l’opinion publique canadienne, désormais plus favorable au développement énergétique.
  • Le climat est toujours une préoccupation, mais il est subordonné à des urgences comme la santé publique, la situation économique et la sécurité nationale.
  • La crise sanitaire et l’instabilité géopolitique ont bouleversé les priorités, détournant l’attention des questions environnementales.
  • Le rôle des leaders politiques est complexe : ils doivent naviguer entre exigences écologiques, attentes économiques et réalités géostratégiques.
  • Au-delà du Canada, de nombreux pays font face à des choix similaires, intégrant progressivement des projets énergétiques tout en essayant de respecter des engagements climatiques.

Ce changement de paradigme évoque une vérité universelle : la perception collective de l’urgence climatique est souvent modulée par des paramètres politiques, économiques et sociaux qui vont bien au-delà des discours scientifiques. Il est fascinant de constater comment les priorités évoluent selon les circonstances, et combien il est difficile d’arbitrer entre le court terme et le long terme, entre pragmatisme et idéal.

Pour éclairer notre réflexion, je me demande souvent : comment concilier l’impératif de préserver notre planète avec les exigences tangibles d’un monde en constante mutation ? Peut-on imaginer un avenir où progrès, justice sociale et souci écologique ne s’opposeraient plus, mais s’enrichiraient mutuellement ? Voilà sans doute un défi collectif majeur qui mérite autant notre attention que notre ambition – et que nous devons relever chaque jour avec lucidité et humilité.


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