Ce matin, je n’étais pas pressé de terminer mes préparatifs. Tim devait cuisiner le petit-déjeuner vers 6h30, donc je ne commencerais pas trop tôt la journée. Mais j’avais hâte de goûter ce repas dont j’avais tant entendu parler. Aujourd’hui, j’espérais parcourir une grande distance, sans contrainte de temps. Une fois prêt, je me suis dirigé vers le bâtiment principal, où Tim m’attendait avec du café, du jus et des fruits sur la table.

Au petit-déjeuner, Tim avait préparé une grande pile de pancakes garnis de pommes, framboises et autres fruits. C’était un vrai délice ! J’ai également mangé des œufs et des saucisses en terminant par mon café. C’était agréable de discuter ainsi avec Tim, un homme d’une grande gentillesse.


Vers 7h30, il était temps de reprendre la route. La température allait avoisiner les 32°C et je visais environ 40 kilomètres. Le terrain ici est lent à parcourir, alors je ne pouvais qu’y aller au mieux. Dès que j’ai repris le sentier, j’ai réalisé que la journée serait rude : boue, rochers, même le terrain plat demandait beaucoup d’efforts. J’avais déjà fait l’Appalachian Trail, mais j’avais réellement occulté la difficulté du Maine.

Pour beaucoup, le New Hampshire est l’étape la plus dure du sentier Appalachian. Certes, ses montées abruptes et exposées sont redoutables. Mais, à mon sens, le sud du Maine offre un terrain encore plus accidenté. Les kilomètres qui me restent ici sur la Côte Est ne seront pas une promenade de santé, mais je suis impatient de boucler cette étape.

La première moitié de la journée comportait peu de dénivelé, une partie relativement simple du parcours. Mais même le « facile » ici reste exigeant.
Pendant ma marche, j’ai écouté un podcast un peu sombre : “Trail of the Lost” d’Andrea Lankford. Ce récit est triste, mais passionnant. Il relate l’histoire de trois personnes disparues sur le Pacific Crest Trail. J’en avais entendu parler, mais pas en détail. L’auteure explore ces disparitions en s’entretenant avec les familles. J’ai fini par écouter tout le livre dans la journée.

En fin de journée, j’allais entamer l’ascension des Bigelows, une montée rude et assez exposée, mais offrant des vues spectaculaires. Juste avant la montée, j’ai croisé quelques randonneurs dans les deux sens. L’un d’entre eux, venu tout droit de Géorgie, marchait pieds nus. Je l’avais déjà entendu évoquer, alors nous avons échangé un moment, fascinant.

J’ai aussi retrouvé les deux personnes qui m’avaient donné un lift la veille, heureux de revoir leur visage familier. En traversant une route, je suis tombé sur « Won’t Get Up Will », une dame adorable que j’ai déjà croisée plusieurs fois cette année. Elle était avec un autre randonneur nommé Shark. Nous avons discuté un moment avant que je reprenne mon chemin. Peu de temps devant moi, il fallait que je franchisse les Bigelows avant la nuit.

Je me suis arrêté à une source pour remplir mes réserves d’eau. Je n’ai jamais autant bu qu’aujourd’hui, remplissant ma gourde toutes les heures. Cette chaleur est intense. Il fallait maintenant escalader en plein après-midi, entrecoupé de quelques sources rares, notamment au sommet des Bigelows, où je planterais la tente.

La montée a été longue et rude, mais je me sentais fort. Pourtant, dès la première mile, une averse s’est abattue. Fort heureusement, habitué à l’Est des États-Unis, j’avais senti le coup venir. J’ai déployé mon parapluie et me suis arrêté. La pluie a duré cinq minutes avant de s’arrêter aussi vite qu’elle était venue. L’humidité s’est adoucie, la température est redevenue agréable. Surprise, les rochers n’étaient pas plus glissants. J’ai continué, profitant pleinement du beau temps au sommet.
Un randonneur nordbound m’a confirmé que la vue d’en haut était exceptionnelle. Je me sentais chanceux, car ici dans le Maine, le brouillard peut masquer le paysage à tout moment. Peu à peu, j’ai dépassé la limite des arbres et la vue se faisait infinie, avec un ciel presque sans nuage et la lumière déclinante du jour. Ce moment sur les Bigelows était un grand réconfort, après tant de kilomètres pénibles. Je sais que cette portion du sentier sera l’une des plus éprouvantes, mentalement et physiquement, de toute cette année.

Le coucher du soleil approchant, je me suis mis en route pour redescendre au col où je camperais. Sur le chemin, je me suis souvenu d’une construction en pierres au sommet : un abri en cas de mauvais temps, sans toit mais qui protège du vent.

La descente était courte mais raide, plus difficile qu’à la montée sur ce terrain rocheux. En chemin, j’ai rempli ma gourde à une source d’eau fraîche bien appréciée, avant de planter ma tente. J’avais prévu un bivouac près d’une cabane de gardien ou garde-feu. J’imaginais trouver d’autres randonneurs, mais j’étais seul sur place.

Une fois installé, les moustiques m’ont vite fait regagner la tente. En préparant le dîner, j’ai découvert que mon réchaud ne fonctionnait plus, sans serrer correctement la cartouche de gaz. Peut-être un problème mécanique ou une cartouche défectueuse, mais le résultat était le même : impossible d’allumer mon feu. J’avais plusieurs repas chauds, du chocolat et du café inutilisables. Quelle déception.

C’était frustrant de devoir me contenter d’en-cas pour me sustenter. J’ai fait avec ce que j’avais, mangeant tout ce que je pouvais. Très fatigué, je n’ai pas veillé longtemps. Malgré mes efforts pour écrire ou monter des vidéos, la fatigue a eu le dernier mot. Mes journées sont de plus en plus longues, et je sens que ça va être la norme jusqu’à la fin de cette aventure sur l’Appalachian Trail. Après un moment sous la tente, c’était l’heure de se reposer. Demain, une autre étape longue m’attend dans le sud du Maine.
En Résumé
- Le charme discret d’un petit-déjeuner copieux et fruité, qui semble bien mettre en jambes pour affronter les kilomètres difficiles.
- Le Maine, cette éternelle énigme du sentier Appalachian : technique et lent, là où même le « plat » se fait éprouvant.
- Les rencontres improbables, du randonneur pieds nus à la dame fidèle, offrent un petit supplément d’âme à l’effort solitaire.
- Parfois, la météo aime jouer sa partition improvisée, arrosant à souhait mais sans vraiment gâcher la fête.
- La technique, la patience et la résilience, indispensables pour suivre ce sentier capricieux qui ne fait pas dans la facilité.
- Un réchaud capricieux, une épreuve symbolique : même quand tout semble prêt, le hasard s’invite et la débrouille devient reine.
Au final, loin d’être une simple randonnée, ce parcours dans le sud du Maine est une belle métaphore : rien ne se gagne sans effort, mais la récompense – une vue à couper le souffle, le partage avec des inconnus, la sensation d’avancer contre vents et marées – vaut bien quelques ampoules et galères. Moi, j’y reviens toujours avec énergie, curieux de voir quelles surprises le sentier me réserve au tournant. Alors, vous vous lancez ?
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