Après avoir exercé son droit de vote lors des élections législatives orchestrées par l’armée, le général Min Aung Hlaing a lancé un appel à ses concitoyens pour qu’ils participent au processus électoral, se posant en défenseur d’une “démocratie” qu’il semble vouloir légitimer cinq ans après son coup d’État.
Le nom du chef de la junte se trouvait en tête des listes électorales au bureau de vote de Zeyathiri, situé dans sa vaste résidence officielle de Naypyidaw, une ville qui, malgré son envergure, reste largement sous-peuplée.
La salle ornée d’or a vu défiler un nombreux contingent de hauts gradés et de responsables civils, tous appelés à s’acquitter de leur devoir électoral à l’aide de dispositifs électroniques.
La plupart des participants, y compris Min Aung Hlaing arborant une chemise à rayures et le traditionnel longyi, étaient vêtus de civils, soulignant une façade qui cherche à masquer la réalité du contrôle militaire.
“Il est essentiel que le peuple vote,” a déclaré le général. “L’absence de vote est le signe d’une méconnaissance de ce qu’est réellement la démocratie”.
Les analystes se questionnent sur la future position de Min Aung Hlaing, qui pourrait tantôt devenir président que continuer à diriger les forces armées, manœuvrant en coulisse d’un gouvernement civil.
En réponse à une interrogation sur ses ambitions personnelles, le général a modéré ses propos : “Je ne peux pas juste revendiquer le poste de président”.
Le Parti de l’Union, de la Solidarité et du Développement, qui soutient l’armée, est attendu comme un vainqueur des élections, renversant la situation face à la Ligue nationale pour la démocratie, ces derniers ayant entraîné la dissolution du parti de la prix Nobel Aung San Suu Kyi.
– “Une démocratie en quête de sens” –
Depuis le coup d’État de février 2021, une période de lente dégradation démocratique a plongé le pays dans le conflit. Les occupants de la junte sont accusés, par les défenseurs des droits humains, d’avoir réprimé les voix dissidentes tout en menant des offensives militaires contre les groupes rebelles, ignorant les civils pris dans la tourmente.
Dimanche, Min Aung Hlaing a réitéré ses accusations de fraude électorale massive, une affirmation rejetée par la communauté internationale. “Cela ne pouvait pas être laissé sans réponse”, a-t-il déclaré. “Je vous invite à observer la situation actuelle”.
Selon lui, ce scrutin est “libre et équitable”, laissant à chacun le choix de son vote. Cependant, 90% des sièges remportés en 2020 ne seront plus représentés cette année, après la dissolution de plusieurs partis par l’armée.
De son côté, Zaw Min Tun, porte-parole de la junte, a affirmé que les élections étaient menées “pour le peuple birman”, et que c’était un pas vers “la reconstruction d’un système démocratique”.
Points à retenir
- Le vote est présenté comme un acte civique essentiel par la junte, mettant en avant l’idée de démocratie.
- Min Aung Hlaing navigue prudemment entre ses ambitions politiques tout en se posant en garant de l’ordre.
- Les accusations de fraude électorale soulignent une tentative de légitimation du coup d’État, mais restent contestées par la communauté internationale.
- La dissolution de l’opposition constitue un élément important du paysage politique, amenant une réévaluation du climat démocratique en Birmanie.
- Les promesses de justice et de liberté par la junte semblent en décalage avec la réalité vécue par de nombreux Birmans.
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