Shein visé en France pour vente de jouets sexuels à l’apparence enfantine et d’armes interdites : Paris demande une enquête européenne
Le jeudi 6 novembre 2025, la France a intensifié ses pressions au niveau de l’Union européenne, réclamant une enquête officielle sur la plateforme chinoise de mode rapide Shein. Cette démarche fait suite à la découverte de produits particulièrement problématiques, notamment des jouets sexuels à l’apparence d’enfants ainsi que des armes interdites, en violation flagrante des règles européennes.
Jean-Noël Barrot, ministre français de la Transition numérique et des Télécommunications, a déclaré que Shein violait manifestement la réglementation européenne. « Il est impératif que la Commission européenne intervienne rapidement. Nous ne pouvons plus attendre », a-t-il confié dans une interview accordée à la radio France Info.
La France suspend les activités de Shein sur son territoire
Au niveau national, les autorités françaises ont pris des mesures fermes en interdisant la vente de ces articles illicites sur le territoire. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a ordonné la suspension des activités de Shein en France, jusqu’à ce que la plateforme prouve son strict respect des lois et régulations locales. Le cabinet du Premier ministre a confirmé dès le mercredi 5 novembre avoir lancé cette procédure, demandant à Shein de démontrer sous un délai imparti que l’intégralité de ses contenus et produits est conforme à la législation française.
La semaine précédente, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) avait identifié la vente de jouets sexuels à l’apparence d’enfants sur le site de Shein, déclenchant une enquête judiciaire. Plusieurs médias français ont publié des images saisissantes de ces produits accompagnés de descriptions à connotation sexuelle explicite, provoquant une vaste indignation publique. Suite à ces révélations, Shein a promis de retirer définitivement les jouets sexuels de son catalogue.
La plateforme a cependant exprimé certaines réserves concernant la présence de ces objets via des vendeurs tiers présents sur son « marketplace ». Pour garantir une transparence renforcée, Shein a suspendu son service de place de marché en France afin de réévaluer et renforcer le contrôle de ses vendeurs. Par ailleurs, la société avait déjà cessé la vente de jouets sexuels dans toutes ses autres régions.
Ce contexte tendu intervient alors que Shein inaugurait mercredi après-midi son premier magasin physique mondial à Paris, une ouverture vivement critiquée par des élus locaux, des représentants du secteur textile et diverses associations professionnelles françaises.
Une mobilisation européenne réclamée
En parallèle, Jean-Noël Barrot a réaffirmé la nécessité d’une réaction au niveau européen. « Nous disposons déjà de la réglementation adéquate, mais elle n’est pas appliquée », a-t-il souligné. Il appelle la Commission européenne à faire respecter ces règles sans délai.
Dans ce cadre, Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, et Anne le Hénanff, chargée des questions d’intelligence artificielle et du numérique, ont adressé une lettre à Henna Virkkunen, responsable européenne des affaires technologiques. Ils y détaillent les graves manquements repérés en France et évoquent le risque que de telles situations se reproduisent dans d’autres pays membres.
La lettre, envoyée mercredi en fin de journée et diffusée à la presse le jeudi, exhorte la Commission à ouvrir « sans délai » une enquête afin de comprendre comment des produits illégaux ont pu être mis en vente sur cette plateforme.
Un porte-parole de la Commission a confirmé la réception de ce courrier et indiqué que l’exécutif européen évaluerait la situation avant de décider des suites à donner.
Dans le cadre du Règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), Shein est classée comme « très grande plateforme en ligne » (Very Large Online Platform, VLOP), ce qui confère à la Commission le pouvoir d’enquêter et de sanctionner en cas d’infractions.
Si les violations sont avérées, la société pourrait être condamnée à une amende représentant jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires annuel mondial.
Par ailleurs, le parquet de Paris a confirmé le 4 novembre l’ouverture d’une enquête concernant plusieurs plateformes numériques, dont Temu, AliExpress, Wish et Shein, suspectées de ne pas avoir empêché l’accès de mineurs à des contenus à caractère pornographique via leurs places de marché.
En 2025, Shein avait déjà été sanctionnée en France à trois reprises pour non-respect des règles relatives aux cookies, fausses promotions, informations trompeuses et non-déclaration de microfibres plastiques, avec des amendes cumulées à hauteur de 191 millions d’euros.
Les Points Importants
- Protection des consommateurs et respect des normes : La France agit pour garantir la sécurité des citoyens, notamment des mineurs, en interdisant la commercialisation de produits illicites mettant en cause la morale et la légalité.
- Rôle moteur de la France au sein de l’UE : Paris presse la Commission européenne de réagir efficacement, illustrant ainsi son engagement à défendre les standards européens et protéger les consommateurs face aux entreprises extra-européennes.
- Responsabilisation des plateformes numériques : Sous la Digital Services Act, les plateformes comme Shein doivent mieux contrôler leurs vendeurs tiers, un point crucial pour limiter la circulation de produits illégaux.
- Collaboration européenne nécessaire : L’alerte lancée par la France doit être entendue par tous les États membres afin d’unifier les réponses et éviter que certains pays ne deviennent des points d’entrée pour des marchandises interdites.
- Impacts économiques et sociétaux : Cette affaire met en lumière la tension entre économie numérique sophistiquée, réglementation, et questions éthiques dans le commerce en ligne à l’ère de la mondialisation.
Au-delà du cas Shein, cette affaire soulève une problématique plus large : comment concilier innovation et ouverture des marchés numériques avec la protection des droits fondamentaux et des consommateurs ? En tant que journaliste observant ces évolutions de près, je me demande si la gouvernance numérique actuelle — malgré ses outils et cadres législatifs — parviendra à répondre efficacement aux défis complexes posés par la globalisation des plateformes en ligne. La réponse européenne et l’exemple français pourraient bien servir de modèle pour instaurer de nouvelles règles, plus justes et plus sûres, à l’image du rôle que la France a toujours tâché de jouer dans la construction européenne et la défense des valeurs universelles.
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