La France fait appel à un programme policier israélien et à Amnesty International pour son enquête sur Pegasus

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La France mobilise des technologies israéliennes et Amnistie Internationale pour élucider l’affaire Pegasus

En 2021, la France a déployé jusqu’à quinze outils différents pour enquêter sur le piratage au logiciel espion Pegasus dont ont été victimes plusieurs membres du gouvernement. L’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI) a communiqué ces détails à la justice espagnole suite à la demande du juge en charge de l’enquête sur l’espionnage du téléphone du président Pedro Sánchez. Ce dernier a réclamé des informations sur les méthodes employées afin de mieux cerner la source de l’attaque qui a également ciblé trois ministres du gouvernement espagnol.

L’ANSSI précise que Pegasus, développé par la société israélienne NSO Group, est une menace particulièrement furtive. Pour contrer ce logiciel sophistiqué, les experts français ont utilisé une quinzaine de fichiers d’analyse afin d’identifier les infections, qui ont également touché des journalistes, des avocats et plusieurs associations de défense des droits humains, qu’elles soient gouvernementales ou non. Parmi les outils déployés figurent des technologies israéliennes comme Cellebrite, employée également en Espagne par la police, ou encore GrayKey, capable de récupérer intégralement des fichiers.

La France a aussi misé sur Mobile Verification Toolkit (MVT), développé par Amnistie Internationale, qui détecte la présence de Pegasus dans des appareils mobiles. Cette application, qui convertit les données en un format facilement exploitable, s’est révélée particulièrement efficace, à tel point que la France a pu développer sa propre solution basée sur ces avancées. Parmi les caractéristiques techniques utilisées figurent notamment les fichiers DataUsage.sqlite (qui mesure le volume de données espionnées), les caches WebKit (identifiant les domaines malveillants), et les journaux Apple mobileactivationd.log (qui fournissent des informations sur les dates de mise à jour des appareils, éclairant ainsi les méthodes des hackers).

Les Points Importants

  • La France souligne n’avoir jamais été en contact direct avec NSO Group ni ses distributeurs, même si elle a reçu « certaines informations » de la société israélienne sur le fonctionnement et les conditions de vente de Pegasus, qui est normalement réservé aux agences étatiques pour lutter contre des crimes graves tels que le terrorisme.
  • L’enquête française a été un moteur essentiel pour la réouverture des investigations espagnoles en 2022, après que l’espionnage du téléphone présidentiel a été découvert.
  • Le Centre National de Renseignement (CNI) espagnol a confirmé cinq infections sur le téléphone de Pedro Sánchez, extrayant 2,7 Go de données, dans un contexte tendu marqué notamment par une crise diplomatique avec le Maroc.
  • Paris a évoqué pour la première fois la possibilité d’une implication marocaine dans les attaques, sans toutefois que la justice espagnole puisse confirmer formellement cette hypothèse.
  • Malgré plusieurs relances, Israël est resté silencieux face aux demandes de témoignages et d’informations de la justice espagnole, ce qui a conduit à un blocage de l’enquête jusqu’à la coopération franco-espagnole.
  • Face à ce silence, l’Espagne a sollicité le soutien d’Eurojust, agence européenne de coopération judiciaire, pour obtenir des informations auprès de la France, qui a finalement fourni des précisions sur les méthodes utilisées, mais sans confirmer l’origine des attaques.
  • NSO Group a toujours nié son implication dans l’espionnage de hauts responsables français.

À l’échelle internationale, cette affaire illustre la complexité des enjeux liés à la surveillance numérique et à la protection des données sensibles des États. La multiplication des technologies de pointe dans le cyberespace réclame une vigilance accrue et une coopération renforcée entre pays, d’autant plus dans un contexte de rivalités géopolitiques. Alors que les frontières de la sécurité nationale s’étendent désormais au domaine numérique, il est indispensable que les nations développent conjointement des cadres éthiques et juridiques adaptés à ces nouvelles menaces.

En conclusion, cette enquête franco-espagnole autour de Pegasus met en lumière des défis cruciaux : comment concilier efficacité dans la lutte contre le terrorisme et respect des droits fondamentaux ? Quelle place pour la collaboration internationale face à des entreprises transnationales aux technologies sensibles ? Ces questionnements ne concernent pas uniquement la France ou l’Espagne, mais invitent l’ensemble de la communauté mondiale à repenser les règles du jeu de la cybersécurité, dans un esprit de transparence et de responsabilité partagée.


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