Les routes de campagne, vers les vacances.
Pour de nombreux Américains, l’évasion idéale cet été passe par la route. La pandémie a fait naître un goût pour les voyages en voiture, et face aux incertitudes économiques ou aux baisses des prix de l’essence, ils privilégient ces escapades via les grands axes. Le road trip offre aussi une forme de sérénité : pas de risques liés aux tarifs douaniers qui fluctuent, aux règles frontalières ou aux perturbations aériennes toujours plus fréquentes.
James Willamor, 45 ans, se lance dans un périple de 7 200 km pour marquer le début de l’été. Ce passionné estime passer entre 30 et 40 nuits par an en camping, lors de courts ou longs séjours. Selon la durée et le prix du carburant, il dépense entre 500 et 800 dollars en essence, qu’il optimise grâce à une carte bancaire à points et des programmes de fidélité. Il prépare aussi ses repas en emportant un petit réfrigérateur portable garni de charcuterie, fromages, fruits et légumes.
Ce qu’il préfère dans le voyage sur la route, c’est admirer la lente transformation des paysages : de rivières en collines, jusqu’aux montagnes.
« C’est très différent d’un vol où, en quelques heures, on se retrouve dans un tout autre écosystème. Parcourir plusieurs jours à travers ce changement progressif, c’est probablement ce que j’aime le plus », confie-t-il.
Carburant moins cher et étendues à parcourir cet été
Pour le premier grand week-end estival, les Américains se sont massivement mis en route. Selon AAA, plus d’un million de conducteurs supplémentaires ont pris la route pendant le weekend de la fête des Mémorials, portant à 39,4 millions le nombre de voyageurs comparé aux 38,2 millions de l’an dernier.
Cette tendance à privilégier les vacances locales devrait se prolonger jusqu’au 4 juillet, jour de la fête nationale : selon Airbnb, les réservations à moins de 480 kilomètres du point de départ ont augmenté de 32 % sur ce long week-end par rapport à l’année précédente.
Les agences de location de voitures notent également une hausse des déplacements estivaux hors des aéroports, signe que beaucoup optent pour la voiture plutôt que l’avion.
Lilian Rafson, directrice de Pack Up + Go, une agence spécialisée dans les voyages surprise aux États-Unis, remarque une montée en puissance des voyages en voiture, qui représentent désormais 47 % des réservations en juin, contre 27 % un an plus tôt. En période d’incertitudes économiques, ses clients choisissent plus souvent des formules économiques pour leurs aventures, un phénomène déjà observé lors des élections en novembre dernier.
Le refus de l’avion
Face à des retards fréquents et à des problèmes de contrôle aérien, voler ne séduit plus tout le monde. « J’habite près de l’aéroport de Newark, et les retards y sont souvent spectaculaires. Ça refroidit pas mal les voyageurs », confie Dan Pieraccini, amateur de road trips dans le New Jersey.
Certains choisissent la route par pur plaisir. Scott Reing, 37 ans, prévoit avec sa famille un voyage de 4 000 km jusqu’au Grand Canyon pour célébrer son anniversaire de mariage. Ils alternent généralement grands voyages à l’étranger et excursions dans les parcs nationaux. Cette année, c’est donc une virée domestique qui prime, en partie pour gérer au mieux le budget – le temps passé sur la route étant toutefois conséquent.
« En voiture, on maîtrise mieux ses dépenses : on peut choisir de dormir en motel, en camping, une nuit ou dix, contrairement aux formules tout compris ou croisières », explique-t-il.
Cependant, Scott ne remet pas en cause le voyage à l’international : son prochain séjour pourrait bien être au Japon. Nombre d’Américains poursuivent d’ailleurs leurs escapades européennes ou lointaines cet été, malgré les aléas et les inconnues.
Mais la route appelle toujours. Cathy Keibler, 65 ans, retraitée d’Indiana, s’apprête à réaliser son premier grand tour du pays en voiture. Elle ne veut plus prendre l’avion et, avec son mari et leur nouvelle Prius, envisage un parcours économique en emportant une glacière pour limiter les frais de restauration.
Elle souhaite aussi s’imprégner de ce qui se passe « sur le terrain » : « C’est une façon sans filtre de voir comment les tensions du pays se traduisent dans ses régions. On ne peut pas saisir cela simplement en roulant sur les grandes autoroutes et en s’arrêtant dans des chaînes de restauration rapide », confie-t-elle.
En Résumé
- Le road trip continue à séduire par son côté pratique et économique, surtout dans un contexte incertain où voler peut se transformer en périple chaotique.
- Certains voyageurs transforment le désagrément des retards aériens en opportunité de découverte nationale, avec frigo portable et carte de fidélité en main.
- Le choix de l’itinérance permet une flexibilité que peu de voyages offrent : dormir une nuit sous une tente, la suivante en motel, le tout selon le budget du moment.
- Malgré ce regain du domestique, l’appel de l’étranger reste fort pour certains, qui jonglent entre aventures rapprochées et escapades lointaines.
Alors, le bitume comme nouvelle frontière pour apprivoiser l’inconnu ? Moi, je dis que chaque virage est une invitation à découvrir l’Amérique autrement – loin des sentiers battus et des ciels encombrés. Prendre la route, c’est tracer sa propre aventure, et ça, aucun aéroport ne saura vraiment l’offrir. Et vous, prêts à vous lancer sur la route pour écrire votre propre odyssée ?

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