À mesure que l’intelligence artificielle s’impose dans les médias, le métier de correcteur se trouve au bord du gouffre. Au sein de L’Équipe, une restructuration annonce la réduction significative du département d’ici 2026. Cette décision crée des remous, et les employés se sont mobilisés récemment pour exprimer leur désaccord.
Les représentants du Syndicat Général du Livre et de la Communication Écrite (SGLCE-CGT) soulignent : « La qualité dépend de la correction. » La suppression des postes de correcteurs est perçue comme une menace directe à la qualité de l’information. Alors qu’ils étaient cinq, seuls deux ou trois pourraient rester : une situation qui interroge sur l’avenir du métier.
« Trois correcteurs, c’est insuffisant. Parfois, il n’y a même personne pour relire. Quand nous faisons part de nos inquiétudes, on nous assure que cela ne pose aucun problème, » se désole un correcteur, préférant garder l’anonymat. Un autre qualifie la situation d’absurdité, dénonçant une stratégie priorisant la rentabilité. « On nous transforme en superviseurs pour entraîner une IA en quête de notre place. C’est ridicule ! »
L’art de la révision
Dans les médias, les correcteurs jouent un rôle crucial : leur mission va bien au-delà de la simple correction des fautes. Ils s’attachent à traquer les incohérences et à garantir la rigueur des informations. Un correcteur précise : « Il ne s’agit pas seulement de placer des ‘s’. Nous apportons une connaissance profonde du texte, un savoir-faire que l’IA ne pourra égaler. »
La question dépasse donc le simple cadre grammatical, touchant à l’intégrité journalistique et à la réputation des publications. « Nous vérifions le fond, les citations, les noms. Une petite erreur peut transformer le sens d’un article, » souligne un professionnel du secteur. Cependant, la direction privilégie l’utilisation de l’IA et de logiciels comme Prolexis, estimant qu’ils suffisent à maintenir la qualité.
« Si un correcteur demeure, c’est une bonne nouvelle. Sinon, tant pis, » aurait-on entendu lors des récentes discussions. Une perspective, selon les salariés, qui est dangereuse. « Les outils de correction automatisés ne sont pas fiables à 100%. Ils doivent être relayés par un œil humain, » insiste un correcteur. Les éditeurs s’inquiètent également : « La correction est notre assurance qualité. Travaillant dans l’urgence, nous avons besoin d’eux. Sans leurs talents, même la plus petite erreur peut passer inaperçue. »
Les salons d’édition craignent un phénomène en chaîne : « Aujourd’hui, ce sont nos collègues correcteurs. Demain, qui sera le prochain ? » avertit un représentant du syndicat. À l’heure où l’IA promet efficacité et économies, les notions de « qualité » et d’« aspect humain » semblent souvent reléguées au second plan. Au cœur de ce débat demeure une question simple mais essentielle : un journal peut-il prétendre à l’excellence sans ceux qui assurent sa précision ?
Solidarité avec les lutteurs !
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