Randonnée du jour : 30,7 km
Parcours : Appalachian Trail (km 2 279 – 2 302) & Canopus Lake Beach (2 km)
Total parcouru jusqu’ici : 5 419 km de marche, 160 km en pagaie
Météo : ciel couvert, températures entre 15 et 24 °C, pluie en fin de journée au camp, agréable malgré tout
Altitude : de 101 à 388 mètres
De Graymoor Spiritual Life Center à l’abri RPH
Aujourd’hui, j’ai ressenti une petite baisse d’énergie comparée aux jours passés. Contrairement aux massifs imposants du Bear Mountain ou du Harriman State Park, le paysage s’est fait plus intime, enveloppé d’une forêt où mousses, fougères et roches jalonnent le sentier ombragé. Par endroits, la végétation dense avait presque envahi le chemin, tandis qu’à d’autres moments, la lumière filtrait à travers un fourré plus clairsemé, un environnement dans lequel je me sens davantage à mon aise.
Un élément insolite a aussi retenu mon attention : des murs de pierres alignés en plein milieu de la forêt. Leur origine reste mystérieuse – sans doute d’anciennes limites foncières –, mais il est intriguant de voir le sentier les traverser ou longer leur tracé rectiligne.
La région de New York regorge de formations rocheuses impressionnantes : plateaux, falaises lisses, blocs fracturés. Ces détails naturels attirent plus mon regard que la simple verdure environnante. À l’approche du Fahnestock State Park vers midi, j’ai retrouvé ces décors rocheux qui donnent du caractère au parcours.
Quelques observations du jour :
- Les moustiques sont encore bien présents, particulièrement en début de journée. Heureusement, un peu de spray anti-insectes suffit à limiter leur assaut.
- Les tiques, quant à elles, se multiplient. Un compagnon de route a dénombré 31 tiques retirées en une seule journée. Pour ma part, la vigilance est de mise : je m’arrête souvent lors des montées pour vérifier mes jambes en détail, notamment après les passages encombrés ou herbeux.
- Mes orteils sont entièrement guéris, ce qui me rassure pour la suite du périple.
- J’ai croisé quelques autres grands randonneurs, certains connus avant mon escapade à New York, d’autres rencontrés récemment.


Pause au lac Canopus
Arrivé près du lac Canopus, la route NY Route 301 m’a accueilli, indiquant l’entrée floue vers Fahnestock State Park. Une incursion sur un sentier secondaire m’a mené vers la plage et une petite buvette annoncée en bordure d’eau. Même si le magasin était fermé, deux randonneurs croisés au pique-nique, Dorian et Timex, ont raconté que des sanitaires avec douches étaient accessibles. Curieux, j’ai décidé d’en profiter pour une pause douche bien méritée.


Dans un geste plutôt inattendu, un employé du parc a temporairement rouvert le magasin pour que quelques randonneurs et moi puissions prendre une boisson rafraîchissante – une sorte de « soda sous la douche » inattendu mais bienvenu avant de repartir.
Changement et décisions importantes
Quelques kilomètres plus loin lors d’une filtration d’eau à un ruisseau, j’ai reçu un appel attendu : les résultats de mes analyses sanguines. Depuis plusieurs années, je lutte contre une anémie ferriprive et les chiffres sont cette fois alarmants : mon taux d’hémoglobine est à 6,6 g/dL, le plus bas jamais enregistré. La recommandation médicale est claire : je dois me rendre immédiatement aux urgences pour une transfusion sanguine, suivie de perfusions de fer.
Cela signifie une pause forcée dans mon périple. Malgré mon enthousiasme retrouvé après le détour par New York, j’avais envisagé cette possibilité, mais avec plus de marge pour continuer un peu plus avant de trouver une sortie facile. Malheureusement, la situation ne me laisse pas ce luxe.
Au refuge Ralph’s Peak (RPH Shelter), j’ai pu réfléchir à la suite. L’endroit, propre et abrité, a accueilli quelques compagnons de route et permis de contacter ma famille pour décider du retour à la maison, privilégiant la sécurité et le soutien familial. Les trajets organisés, j’ambitionne de rejoindre le Michigan et le cocon familial pour me soigner.

Après cinq mois et demi de randonnée ininterrompue depuis le 1er janvier, me voilà devant une croisée des chemins, mêlant apaisement et résignation. Je partagerai les suites de cette aventure, promise à un nouveau chapitre, dès que possible.
En Résumé
- Il semble que la beauté sauvage prenne bien des formes : parfois imposante, parfois discrète, toujours captivante.
- Moustiques et tiques ne sont pas prêts de nous lâcher, attention à leur stratégie d’invasion.
- La santé rappelle régulièrement qu’on n’est pas que des corps de randonneurs, malgré la passion.
- Il paraît que les murs de pierres dans la forêt ont plus d’histoire à raconter que certains romans – dommage qu’ils gardent le silence.
- Un « soda sous la douche » : nouveauté locale recommandée pour une pause rafraîchissante et pleine de surprises.
Et si l’on réfléchissait un instant à ce que signifie vraiment « poursuivre son chemin » ? Parfois, savoir s’arrêter, écouter son corps et changer de cap, c’est aussi vivre une aventure, une rencontre avec soi-même et ses limites. Loin d’être un échec, c’est peut-être la plus grande marche que l’on puisse accomplir. Alors, prêts à recharger vos batteries avant de repartir plus forts ? Moi, je dis : que l’aventure continue, sous toutes ses formes, et que l’inattendu reste notre meilleur compagnon !
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