Autrefois, je dévorais les récits d’aventures dans les canyons étroits, ces lieux sauvages souvent mis en scène par Zane Grey, Louis L’Amour ou Elmore Leonard. Ces configurations naturelles offrent un décor idéal pour des péripéties palpitantes.
Robert Macfarlane, l’un des plus grands écrivains naturalistes contemporains, écrivait dans « Home Ground » que les rivières et ruisseaux ne coulent presque jamais en ligne droite. Cette sinuosité est une véritable source de beauté, donnant naissance à ces canyons façonnés par l’eau en mouvement — comme le canyon de Potrero John.
Je me souvenais d’une courte randonnée dans un canyon plus intime, le long de la tranquille Highway 33 (autrefois surnommée « Maricopa Highway »), environ 30 kilomètres après Ojai. Ce canyon, parfait pour une excursion d’une demi-journée, ne présente pas de difficultés marquées.
Le sentier Potrero John (23W06) suit le ruisseau Potrero John depuis sa confluence avec la rivière Sespe, serpentant à travers une végétation luxuriante jusqu’à un camping caché sous de grands chênes verts, à environ 3 kilomètres avec un dénivelé de moins de 180 mètres.
Par une chaude journée de mi-juillet, mon ami Pete et moi avions quelques appréhensions face à la chaleur accablante que peut atteindre la région de « Sespe ». Nous avons donc quitté Santa Barbara dès 5h30 du matin pour démarrer la randonnée à 6h45, profitant d’une fraîcheur bienvenue sous un feuillage dense.

Le sentier est bien signalé sur la Highway 33. Attention toutefois à ne pas le manquer juste après le pont en béton sur le ruisseau Potrero John. Le stationnement y est limité : il peut accueillir un véhicule de grande taille ou deux petits.

Le départ se fait en franchissant un amas de rochers avant de pénétrer dans le canyon sinueux. Cette randonnée est à faire en aller-retour, puisqu’à son terme, le sentier officiel de l’U.S. Forest Service s’arrête au camp Potrero John.
Après avoir passé le chaos rocheux, nous avons découvert un sentier bien tracé que nous avons parcouru avec émerveillement, charmés par une végétation abondante et diverse.

Le long des pentes raides, de nombreux arbres majestueux se dressent : chênes verts, aulnes, douglas à grands cônes et peupliers. Nous avons également croisé des ronces de mûres et le buckwheat californien, mais aussi de larges tapis de sumac vénéneux, ce qui s’est révélé périlleux.
Heureusement, j’avais choisi un pantalon et une chemise à manches longues et j’ai essentiellement suivi le sentier, évitant les contacts malencontreux.

Ce canyon étroit offre une promenade simple, jalonnée de multiples traversées du ruisseau. Après environ 800 mètres, le Potrero John Creek se fait entendre à travers le bruissement fort et abondant de l’eau, ce qui dynamise l’esprit.
Il vaut mieux éviter ce parcours après de fortes pluies hivernales, mais nous avons réussi à garder nos bottes sèches en cette période de juillet. Il est important de prendre de l’eau avec soi et de purifier celle prélevée dans le ruisseau avant consommation.
La chaleur estivale de la région est bien connue, mais le canyon, avec ses parois abruptes et ombragées, conserve encore un peu de la fraîcheur printanière avec ses dernières touches de verdure.
Après quelques centaines de mètres, nous entrions dans la vaste zone sauvage fédérale Sespe Wilderness, s’étendant sur 89 000 hectares au sein de la forêt nationale de Los Padres.

Le gigantesque incendie Thomas Fire de fin 2017 a ravagé une grande partie de cette zone et consumé certains secteurs du canyon Potrero John.
Cela explique pourquoi dans certaines zones plus éclairées, le sumac vénéneux et la végétation fraîche dominent. De même, le vieux chêne visible en couverture évoque à la fois l’ancien et le renouveau, avec ses bourgeons et branches qui repoussent depuis 2017.
À notre grande surprise, nous avons manqué le camping officiel de l’USFS situé à Potrero John, car nous avons poussé notre exploration à plus de 3,5 kilomètres, alors que le guide mentionne 2,6 km. Passé environ 2,2 km, le sentier s’est estompé et nous n’avons pas trouvé la petite bifurcation menant au site.
Nous avons alors progressé au milieu du mahogany, yerba santa et manzanita épineux, mais avons finalement renoncé après 3,8 km, réalisant que nous étions hors sentier.
Les randonneurs les plus téméraires peuvent déposer leurs bâtons et leurs sacs pour continuer à grimper dans le lit profond du ruisseau, vers l’objectif ultime : les chutes Potrero John à 1 430 mètres d’altitude, à une demi-heure de là environ.
J’aurais voulu aller jusqu’au bout, mais entre la hausse des températures, l’absence de sentier et la canicule de juillet, la prudence a pris le pas sur l’aventure.
Nous avons pris la décision de revenir plus tard, avec pour but principal les fameuses chutes.

Cette randonnée devrait être un parcours de demi-journée facile, du moins jusqu’à ce que le sentier officiel disparaisse, obligeant à escalader, franchir des rochers puis parfois ramper sous des troncs d’arbres tombés. Des gants peuvent alors s’avérer bien utiles.
Il serait difficile de se perdre dans ce “box canyon”, mais après 3 km, nous étions souvent hors sentier et avons eu recours à un GPS Garmin pour retrouver notre chemin.
Il faut bien préparer cette randonnée, en évitant les journées de forte chaleur, surtout l’après-midi où la canicule est intense dans la région de Sespe.
De retour à notre véhicule sur la Maricopa Highway à 11h30, nous étions contents d’avoir vécu cette escapade, tout aussi soulagés de quitter ce four où le mercure flirtait avec les 30°C.
Robert Macfarlane illustre superbement comment la modernité nous coupe du dialogue essentiel avec la nature, soulignant que « plus nous maîtrisons la nature, plus elle paraît s’éloigner de nous. Nous avons du mal à l’imaginer en dehors d’un cadre d’utilité. »
Aux esprits politiques tentés de céder une part de nos terres publiques naturelles, je recommande une promenade au Potrero John, pour « entendre la musique de l’eau remplir l’âme » et observer les truites qui dansent — une invitation à renouer avec un monde qui dépasse les simples calculs d’exploitation.
En Résumé
- Une randonnée facile en apparence, mais qui réclame une bonne préparation (attention aux conditions et au démarrage matinal).
- Un paysage riche en biodiversité, avec la présence notable du sumac vénéneux imposant la prudence.
- L’incendie dévastateur de 2017 a marqué durablement la région, mêlant destruction et renaissance végétale.
- Au-delà de la randonnée classique, une invitation à s’aventurer hors sentier pour les plus audacieux, avec ses risques et ses merveilles cachées.
- Un rappel du fossé entre l’humain moderne et la nature, souvent réduite à un simple concept d’utilisation économique.
Je vous propose de dépasser la simple balade touristique : et si, derrière chaque pas dans ces canyons, on redécouvrait un dialogue plus profond avec notre environnement, non pas pour en tirer profit, mais pour s’émerveiller, réfléchir et… peut-être changer notre rapport au monde naturel. Allez, on chausse nos bottes, on respire à pleins poumons et on part écouter le murmure de l’eau avant que tout ne soit joué.

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