Aventure accessible : à vélo sur la West Coast Wilderness en Nouvelle-Zélande

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La West Coast Wilderness Trail de Nouvelle-Zélande est un paradoxe en soi : un territoire sauvage, mais accessible. Quitte à sonner contradictoire, c’est pourtant précisément ce que l’on ressent sur place.

Ce sentier de gravier doucement vallonné, situé dans la région la moins peuplée du pays, est non seulement adapté aux cyclistes débutants, mais également apprécié par des personnes aux capacités physiques variées.

Natalie Gauld, 58 ans, diagnostiquée d’une maladie du neurone moteur en 2022, a pédalé plusieurs fois sur la West Coast Wilderness Trail et a contribué à la guide d’accessibilité du parcours. « Cela me donne un sentiment de compétence », confiait-elle au téléphone avant mon voyage. « J’aime sa solitude. »

Natalie Gauld et Matt Rees-George pédalant sur la promenade en bois du lac Mahinapua.
Natalie Gauld et Matt Rees-George sur la promenade en bois au lac Mahinapua. Photographie : Jason Blair

Ce parcours de 133 kilomètres, reliant Ross à Greymouth (ou inversement), est l’une des 23 “Ngā Haerenga Great Rides” de Nouvelle-Zélande. Il s’étend sur la côte Ouest, une bande étroite de 600 km coincée entre les Alpes du Sud glacées et la mer de Tasman bordée de palmiers. Cette région abrite des écosystèmes étonnamment voisins : des pentes glacées et des rivières glaciaires côtoient des forêts tropicales humides et des plages de galets.

Mon mari Paul et moi-même privilégions souvent les découvertes à vélo, sous toutes leurs formes – longues ou courtes, difficiles ou tranquilles. Nous ne sommes cependant pas très fans de trimbaler nos affaires ni de planifier les haltes repas ou nuits. Nous avons donc opté pour un séjour de cinq jours accompagné par l’agence Adventure South NZ, qui s’est chargée des aspects logistiques et a organisé les pauses-collations et quelques courtes randonnées dans des lieux emblématiques de la West Coast.

Un pont fermé a raccourci notre départ de 15 km, que nous avons effectué sous une pluie battante à la sortie de Hokitika. « Un vrai accueil de la West Coast », plaisantait notre guide, Tereza Unzeitigova. Mais la pluie n’a plus pesé dès que nous sommes entrés dans l’abri touffu d’une forêt nationale tapissée de mousse. La West Coast est la seule région de Nouvelle-Zélande à posséder d’importants restes de forêts pluviales de basse altitude, où poussent d’immenses podocarpes ancestraux datant de l’ère de Gondwana.

La passerelle traverse les zones humides du lac Mahinapua, accompagnée d’une ambiance sonore incroyable : oies sauvages, canards, spatules royales, bellbirds, tūī, kererū et coucous s’entremêlaient le long du trajet. Un retour au bord de mer nous a ramenés à notre hébergement à Hokitika, bouclant les 20 premiers kilomètres.

Rob et Col Pieper accueillent les cyclistes de la West Coast Wilderness Trail avec Adventure South NZ.
Rob et Col Pieper accueillent les cyclistes du groupe Adventure South NZ. Photographie : Tracey Croke

« Les habitants de la côte – les “Coasters” – doivent être autonomes, car nous sommes géographiquement isolés », expliquait Rob Pieper, hôte d’Adventure South NZ. Il nous a servi un dîner “de la prairie à l’assiette” avec soupe de courgettes, goulash de bœuf biologique et dal végétarien accompagné de riz, dans leur maison architecturale déconnectée du réseau. « En cas de séisme, nous pourrions être seuls pendant des mois. »

Rob et sa femme Col cuisinent pour les cyclistes du voyage. Ce couple charmant originaire des Pays-Bas gère aussi une petite ferme côtière située à Ruatapu, dans un habitat rare dédié au héron blanc. Avec un agenda bien rempli, ils se partagent accompagnement, soins, restauration et même la conduite du bus scolaire.

Tracey Croke pédale le long du canal d’irrigation de Kaniere.
Tracey Croke pédalant le long du canal d’irrigation de Kaniere. Photographie : Paul Croke

Après une nuit réparatrice à l’hôtel Beachfront d’Hokitika, nous avons survolé la forêt native lors d’une promenade en hauteur, avant de poursuivre à vélo sur un sentier étroit accompagnant les eaux chantantes du canal d’irrigation de Kaniere. Avant le départ, Natalie Gauld m’avait confié que son vélo à assistance électrique peut désormais emprunter ce parcours grâce à l’élargissement des passages étroits.

Après un déjeuner fait maison dans une bergerie reconvertie avec Rob et Col, nous avons longé les rivages du lac Kaniere, puis randonner dans l’étonnante gorge d’Hokitika. Ses eaux glaciaires transportent le précieux pounamu, ou jade vert, des montagnes jusqu’à la mer.

Les jeunes médecins Nikhil Patel, 36 ans, et Anvi Butala, 31 ans, ont choisi cette piste pour la diversité des expériences offertes, le tout sur un itinéraire assez court. Pour se préparer, Anvi s’est exercée chez elle en montant dix fois une colline en une seule séance, ce qui l’a aidée à grimper sur le 400 m d’ascension ensoleillé lors du troisième jour.

Nikhil Patel et Anvi Butala à la gorge d’Hokitika.
Nikhil Patel et Anvi Butala à la gorge d’Hokitika. Photographie : Tracey Croke

Au sommet, le plateau fantomatique de Cowboy’s Paradise dévoilait une collection de bâtiments en ruines, séparés par une large route poussiéreuse. La descente forestière vers Kumara s’est révélée ludique, rapide et fluide. Ce soir-là, nous avons dormi au Theatre Royal, le dernier hôtel entièrement restauré des anciens chercheurs d’or, avec ses planchers qui grincent et ses chambres aux noms espiègles comme « King Dick ».

Le dernier jour, la cime glacée d’Aoraki/Mont Cook s’est dessinée derrière des plages désertes parsemées de bois flotté, où se trouvent les plus petits manchots du monde, les manchots bleus. Le vent violent qui soufflait sur le port de Greymouth compliquait la tenue du vélo. Cela n’a toutefois pas découragé Litza Reed, 53 ans, venue de Perth, qui avait loué un vélo hybride et envisageait d’acheter un VTT dès son retour.

Vue depuis la West Coast Treetop Walk, avec un café accessible aux fauteuils roulants.
Vue depuis la West Coast Treetop Walk, un parcours et un café accessibles aux personnes en fauteuil roulant. Photographie : Tracey Croke

Notre parcours s’est terminé, mais la découverte continuait : les Pancake Rocks et leurs geysers d’eau, âgés de 30 millions d’années, la tranquille promenade dans le parc national de Paparoa, ou encore un dernier coup de pédale de 20 km pour fractionner notre retour en van à travers les Alpes vers Christchurch.

Notre seule remarque sur la West Coast Wilderness Trail : on en aurait voulu davantage. Heureusement, la Nouvelle-Zélande offre 22 autres parcours Great Rides à explorer.

En Résumé

  • La West Coast Wilderness Trail combine un cadre sauvage et un accès aisé, souvent rare dans les grands espaces.
  • Adaptée aux débutants comme aux cyclistes avec diverses capacités physiques, avec même un vélo à assistance électrique pour pallier les difficultés.
  • La nature y est une surprenante alliance de glaciers, forêts tropicales et plages, offrant des paysages variés sans quitter sa selle.
  • Le soutien logistique local simplifie grandement le voyage, car personne n’a envie de jouer à l’organisateur de voyage amateur en vacances.
  • Une collection d’hôtes passionnés contribue au charme et à l’atmosphère accueillante de la région, agrémentant le séjour de rencontres mémorables.

Alors, pourquoi ne pas repenser nos idées sur l’aventure ? Loin d’être une expédition éreintante ou exclusive, le vrai « sauvage » peut très bien être celui qu’on va chercher en restant confortablement sur une selle avec quelques services bien pensés. Moi, je dis que la nature a tout à gagner à se mettre à la portée de tous, et que la vraie audace, c’est peut-être d’oser simplement pédaler vers l’inconnu, guidés mais libres, prêts à découvrir le mystère et la magie d’un territoire où l’accessibilité rime enfin avec authenticité.


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