La Suisse réduit sa commande de F-35A de Lockheed Martin, prix trop élevés rendent l’achat de 36 avions impossible

Écrit par

dans


La Suisse revoit à la baisse sa commande de Lockheed Martin F-35A, face à une envolée des coûts rendant l’achat initial de 36 appareils « non viable financièrement »

La Suisse a récemment officialisé un ajustement majeur dans son programme de renouvellement de sa flotte aérienne. Le Conseil fédéral helvétique a annoncé que l’acquisition des chasseurs furtifs F-35A de Lockheed Martin ne pourra pas atteindre le volume initialement prévu de 36 avions, en raison de contraintes budgétaires fortement impactées par la hausse des coûts.

Selon le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), les discussions menées cet été avec les autorités américaines ont révélé que le prix fixe convenu contractuellement pour ces appareils ne pouvait être maintenu. Les États-Unis expliquent cette situation par des « coûts additionnels liés à l’inflation, à la fluctuation des prix des matières premières et à d’autres facteurs économiques ».

Cette acquisition, soutenue en septembre 2022 par un référendum populaire, s’inscrit dans un cadre plus large de modernisation de la défense aérienne suisse, qui inclut également l’achat des systèmes Raytheon Patriot et Diehl Defence IRIS-T SLM. À l’époque, le budget consacré à cette update technologique avait été plafonné à 6 milliards de francs suisses, soit environ 6,2 milliards de dollars US, une somme qui s’élève désormais à près de 7,5 milliards USD aux taux de change actuels.

Face à cette réalité financière, le DDPS souligne que conserver l’objectif des 36 F-35A n’est plus tenable. Toutefois, les livraisons de ces appareils restent programmées entre 2027 et 2030, conformément au calendrier initial. La Suisse n’a toutefois pas précisé combien d’avions pourront effectivement être acquis dans la limite des fonds approuvés.

Un rapport récent du commandant de l’armée de l’air suisse rappelle que le F-35 revêt une importance stratégique majeure, notamment pour garantir une meilleure interopérabilité avec d’autres forces aériennes européennes déjà équipées de ce type d’appareil. Le Conseil fédéral exclut ainsi de renoncer totalement à ce programme. En ce sens, il a chargé le DDPS d’obtenir autant de F-35A que possible, dans les limites budgétaires fixées.

La Suisse, pays neutre, prévoit d’accroître ses dépenses de défense à hauteur de 1 % de son produit intérieur brut d’ici 2032, en réponse à la persistance d’un contexte sécuritaire tendu. Le DDPS annonce d’ores et déjà qu’il proposera avant fin janvier 2026 de nouveaux objectifs pour renforcer la sécurité nationale, y compris possiblement la poursuite de l’achat de F-35A pour atteindre à terme 36 avions.

Au-delà de ces appareils, le DDPS envisage une flotte de combat moderne de 55 à 70 avions, quel que soit le type d’appareil retenu, afin d’assurer la souveraineté aérienne du pays. Actuellement, la flotte suisse est composée de 25 Boeing F/A-18C et de 15 Northrop F-5E.


Les Points Importants

  • Un ajustement budgétaire majeur : la hausse des coûts due à l’inflation et aux marchés mondiaux pousse la Suisse à réduire la commande initiale de 36 F-35A.

  • Maintien du cap stratégique : malgré les contraintes financières, la Suisse projette d’acquérir autant d’appareils que possible pour ne pas renoncer au modèle F-35A, qui garantit une meilleure coordination européenne.

  • Modernisation globale : l’achat des F-35A s’inscrit dans un plan élargi, comprenant des systèmes anti-aériens avancés tels que les missiles Patriot et IRIS-T SLM.

  • Défense proactive : le pays neutre prévoit d’investir durablement pour porter ses dépenses de défense à 1 % du PIB d’ici 2032, réaffirmant l’importance d’une sécurité renforcée dans un contexte géopolitique tendu.

  • Vers une flotte diversifiée : outre le F-35, la Suisse envisage une armée de l’air modernisée pouvant compter jusqu’à 70 appareils, ce qui inclut le remplacement progressif des F/A-18C et F-5E en service.


En regardant cette situation sous un prisme international, il est remarquable de voir comment des pays à la fois neutres et prudents comme la Suisse cherchent à conjuguer modernisation et prudence budgétaire. Leur démarche illustre un équilibre complexe entre ambition technologique et réalités économiques tangibles. Ce cas souligne également l’importance d’une coopération renforcée au sein de l’Europe, notamment avec des nations aux capacités aériennes avancées, où la France joue un rôle clé, apportant savoir-faire et excellence dans la défense européenne.

Dans un monde en mutation rapide, où sécurité et technologie s’entrelacent, je me demande souvent : comment les États peuvent-ils préserver leur souveraineté sans renoncer à la diplomatie et au dialogue ? La maîtrise des dépenses hante les stratégies, mais la volonté d’assurer la paix impose de ne jamais perdre de vue la portée humaine de ces choix. Sommes-nous en train d’imaginer une défense juste et durable, ou sommes-nous simplement en train d’acheter du temps face à l’incertitude ? Peut-être est-ce là le défi le plus grand que nous devons relever ensemble, au travers de la coopération internationale et d’une sagesse collective.


Pour Point Sud, votre regard privilégié sur la Suisse et son positionnement global.


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *