Trump interdit l’entrée aux États-Unis à cinq Européens, suscitant une vive colère à Bruxelles, Paris et Berlin

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Trump interdit l’entrée aux États-Unis à cinq citoyens européens, suscitant une vive réaction de Bruxelles, Paris et Berlin

L’administration de Donald Trump a récemment pris la décision de refuser l’entrée aux États-Unis à cinq ressortissants européens accusés d’avoir exercé des pressions sur les réseaux sociaux afin de censurer des voix américaines, a annoncé mardi le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Selon Washington, ces individus auraient “mené des campagnes organisées pour contraindre des plateformes américaines à censurer, monétiser différemment et réduire la visibilité d’opinions américaines divergentes”.

Cette mesure a provoqué une réaction ferme et unanime de la Commission européenne ainsi que de plusieurs gouvernements européens, notamment ceux de la France et de l’Allemagne. Bruxelles a condamné ce mercredi ces restrictions de voyage, défendant avec force son droit souverain à réguler les activités numériques sur son territoire. Le porte-parole de l’institution a déclaré à l’agence européenne EFE que des éclaircissements ont été demandés aux autorités américaines et a affirmé : “Si nécessaire, nous répondrons rapidement et de manière décisive afin de défendre notre autonomie réglementaire face à des mesures injustifiées.”

Parmi les personnes sanctionnées figure Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur (2019-2024), reconnu pour avoir promu des régulations visant à lutter contre la désinformation sur des plateformes telles que X (ex-Twitter), Meta et TikTok. Sont également concernés l’activiste britannique Imran Ahmed, directeur exécutif du Center for Countering Digital Hate (CCDH), une organisation engagée dans la lutte contre la haine et la désinformation en ligne, ainsi que les deux directrices de l’organisation allemande HateAid, Anna-Lena von Hodenberg et Josephine Ballon.

Liberté d’expression

Face à ce différend naissant, la Commission européenne a rappelé que la liberté d’expression est “un droit fondamental en Europe” et un principe partagé avec les États-Unis. L’Union européenne se présente comme un marché ouvert, régi par des normes justes, et possède un droit souverain à encadrer l’activité économique conformément à ses valeurs démocratiques et engagements internationaux. Les règles européennes du numérique garantissent des conditions de concurrence sûres, équitables et non discriminatoires pour toutes les entreprises, assurées avec impartialité.

Stéphane Séjourné, vice-président français de la Commission chargé de l’Industrie, a déclaré que “aucune sanction ne fera taire la souveraineté des peuples européens” et exprimé sa pleine solidarité avec les personnes visées. Il a souligné que Thierry Breton a agi dans l’intérêt général européen, fidèle au mandat confié par les électeurs.

La position française

Le président Emmanuel Macron a vivement condamné ces interdictions de territoire américain, qualifiées “d’actes d’intimidation et de coercition contre la souveraineté numérique européenne”. Toutefois, il a évité de se prononcer sur une éventuelle riposte, insistant sur le fait que les règles appliquées en Europe sur internet ne doivent pas être décidées en dehors de ses frontières. Il a réaffirmé que la législation européenne sur les services numériques, fruit d’un processus démocratique au sein du Parlement européen et du Conseil, vise à garantir une concurrence loyale entre plateformes, sans cibler de pays tiers, et à faire respecter les règles applicables hors ligne également en ligne.

Cette loi, adoptée par les 27 États membres de l’UE, impose notamment aux plateformes l’obligation de retirer les contenus illégaux et de protéger les mineurs contre la publicité ciblée. La Commission européenne a récemment infligé une amende de 120 millions d’euros à X, propriété d’Elon Musk, pour non-respect des obligations de transparence prévues par cette réglementation.

Dans le paysage politique français, les critiques contre les mesures américaines ont été majoritaires, à l’image de l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, figure du centre-gauche et possible candidat à la présidentielle de 2027, qui a fermement déclaré : “Nous ne sommes pas une colonie des États-Unis”. Au sein du Rassemblement National, des voix ont exprimé un consensus mitigé, certains reprochant à l’administration Trump son approche, tandis que d’autres se sont montrés plus compréhensifs.

La réaction allemande

De son côté, Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères, a qualifié mercredi d’”inacceptables” les sanctions américaines visant HateAid et son équipe dirigeante, ainsi que les autres citoyens européens impliqués. Il insiste sur le fait que la loi européenne sur les services numériques garantit que les actes illégaux hors ligne restent tels en ligne, et que cette législation a été conçue démocratiquement “par et pour l’UE”, sans vocation extraterritoriale.

Le ministre a appelé au maintien du dialogue transatlantique pour clarifier ces divergences et renforcer les relations entre l’Europe et les États-Unis. Quant aux deux directrices de HateAid, elles affirment dans un communiqué ne pas se laisser intimider par une administration “qui instrumentalise des accusations de censure pour faire taire celles et ceux qui défendent les droits humains et la liberté d’expression”.

Soutien espagnol

Enfin, le gouvernement espagnol a également condamné ces interdictions de voyage, qualifiant les mesures de “non acceptables”. Le ministère des Affaires étrangères, de l’Union européenne et de la Coopération a exprimé son entière solidarité avec Thierry Breton et les autres personnes concernées, rappelant que “un espace numérique sûr, exempt de contenus illicites et de désinformation, est un enjeu fondamental pour la démocratie européenne et une responsabilité collective.”


Les Points Importants

  • Opposition marquée entre les États-Unis et l’Union européenne : La décision de Washington de sanctionner cinq citoyens européens entretient un climat de tension, mettant en lumière des visions divergentes sur la régulation des réseaux sociaux et la souveraineté numérique.

  • Défense robuste de la souveraineté européenne : Bruxelles, Paris et Berlin affirment clairement le droit de l’Union européenne à définir ses propres règles dans le domaine numérique, fruit d’une législation adoptée démocratiquement et visant à garantir l’équité et la protection des citoyens.

  • Rôle central de la France : Thierry Breton, pilier européen de la régulation numérique, incarne la capacité française à défendre les intérêts communs de l’Europe sur la scène internationale, soutenu par la forte mobilisation politique nationale.

  • Dialogue transatlantique en question : Cette affaire rappelle l’importance de maintenir un dialogue constant entre les deux rives de l’Atlantique pour éviter les conflits de règles et trouver des compromis respectueux des souverainetés respectives.

  • Enjeux démocratiques et droits fondamentaux : Au cœur du débat se trouvent des principes essentiels comme la liberté d’expression, la lutte contre la désinformation et la protection des droits humains, qui nécessitent une vigilance commune.


Cette affaire met en lumière les défis complexes à l’ère du numérique, où les États cherchent à réguler un espace mondial aux règles souvent floues. La confrontation entre une puissance comme les États-Unis et l’Union européenne révèle combien la souveraineté numérique est devenue un enjeu majeur de souveraineté politique et économique. Comment concilier les aspirations légitimes à protéger les citoyens et les libertés fondamentales avec la nécessité d’un espace numérique ouvert et innovant ? Cette tension souligne aussi l’urgence d’un cadre international rénové, fruit d’un dialogue global, pour éviter que l’internet ne devienne un terrain de confrontation étatique permanente. Le rôle de la France dans ce cadre européen apparaît crucial pour défendre une vision équilibrée et souveraine du numérique à l’échelle mondiale.


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