Une présence saoudienne marquante en France et au Maroc : A.D. Ar-Reem Mafwaz Al-Fawwaz ouvre un débat international sur l’évolution du cinéma saoudien dans le cadre de la Vision 2030
Par Mar’i Qassem – Jeddah
Professeure à la Faculté des Langues et de la Traduction de l’Université de Jeddah, A.D. Ar-Reem Mafwaz Al-Fawwaz a récemment participé à deux colloques internationaux qui se sont tenus en novembre et décembre. Lors de ces événements, elle a présenté des analyses critiques mettant en lumière le développement rapide du cinéma saoudien, tant sur le plan esthétique que technique. Ce cinéma s’affirme aujourd’hui comme un discours visuel puissant, capable de soulever des questions fondamentales liées au lieu, à la mémoire et à l’humain, dans le contexte des profondes transformations culturelles que connaît le Royaume.
La première intervention a eu lieu à l’Université de Lyon, en France, lors du colloque « Approches éco-critiques des formes narratives et esthétiques du (choc environnemental) dans la littérature contemporaine », les 27 et 28 novembre. A.D. Al-Fawwaz y a présenté une communication intitulée : « Écotrope et solitude désertique dans le cinéma saoudien : une lecture éco-critique du film (Hubal) (2024) ». Sa démonstration repose sur la thèse que le désert dans Hubal ne constitue pas un simple décor passif, mais qu’il agit comme un acteur narratif qui génère le « choc environnemental » par l’isolement, la maladie, la peur et la désintégration des relations familiales. La démarche illustre comment le film mêle des éléments locaux à un traitement universel. En outre, la communication révèle la relecture du contexte politique du film (l’invasion du Koweït) non en tant que simple événement historique, mais comme un « écho existentiel » qui approfondit l’impact de l’environnement considéré comme une force remodelant la conscience, et non seulement comme un lieu.
Le deuxième colloque s’est tenu à l’Université Moulay Ismail au Maroc, les 12 et 13 décembre, sous le thème « Le désert dans les études littéraires, linguistiques, artistiques et philosophiques ». A.D. Al-Fawwaz y a exposé un exposé intitulé : « Le désert comme espace sémiotique dans le cinéma saoudien : de l’isolement à la révélation – une approche sémiotique du film (Hubal) ». Elle y analyse la transformation du désert, d’un simple cadre naturel ou géographique, en un système interprétatif qui produit du sens et reprogramme les notions de pouvoir, de temps et d’identité au sein du récit cinématographique. Son étude détaille trois niveaux : le désert comme espace de signes qui évolue d’un arrière-plan à un « sujet sémiotique », les personnages comme des symboles liés au lieu, oscillant entre discours de pouvoir et discours de résistance, et enfin, la dimension audiovisuelle qui active ces signes pour générer la temporalité et l’espace.
Ces deux interventions témoignent d’un tournant décisif du cinéma saoudien, qui passe d’une phase expérimentale à une industrie audiovisuelle mature. Ce progrès se manifeste par la qualité des images, la finesse de la mise en scène et la montée en puissance des interprétations, reflétant ainsi un nouveau climat culturel et artistique soutenu par la Vision 2030 du Royaume. Cette dynamique renforce la place du cinéma saoudien comme un langage artistique contemporain capable de dialoguer avec les expériences mondiales.
Les présentations ont suscité un vif intérêt parmi le public académique et les chercheurs, provoquant des débats approfondis sur la manière dont l’environnement façonne le discours cinématographique, sur les liens entre événements politiques et conscience écologique dans la narration, ou encore sur la capacité du cinéma saoudien à élaborer des récits locaux à portée universelle. Elles ont également mis en lumière le rôle fondamental de la dimension audiovisuelle dans la transformation des sensations, où la peur devient signification et le silence résonance.
A.D. Ar-Reem Mafwaz Al-Fawwaz a conclu ses interventions en soulignant que le cinéma saoudien représente aujourd’hui un exemple en plein essor d’expertise esthétique et technique. Sa présence accrue dans les forums scientifiques internationaux consolide sa légitimité en tant que champ culturel et académique à part entière, appelant à de nouvelles recherches comparatives et réflexions critiques approfondies.
Les Points Importants
- La contribution saoudienne au dialogue culturel international s’intensifie par la présence reconnue à Lyon et à Moulay Ismail, deux haut lieux universitaires aux traditions intellectuelles fortes.
- Le cinéma saoudien, à travers des œuvres comme « Hubal », explore des thématiques universelles liées à l’écologie, la mémoire et la politique, utilisant des approches novatrices en sémiotique et en éco-critique.
- Le désert, au-delà de son rôle géographique, est réinterprété comme un espace signifiant dans le récit cinématographique, renouvelant notre manière de concevoir les interactions entre lieu, pouvoir et identité.
- Ces avancées artistiques s’inscrivent dans un cadre politique et économique ambitieux, celui de la Vision 2030, qui encourage l’émergence d’une industrie cinématographique capable de projecting sa richesse culturelle sur la scène globale.
- La qualité esthétique et technique du cinéma saoudien, ainsi que la pertinence de ses dialogues entre local et global, le positionnent désormais comme un objet d’étude légitime et enrichissant pour la recherche internationale.
- La réception enthousiaste des travaux présentés démontre l’importance de relier sciences humaines, arts visuels et enjeux contemporains pour comprendre les mutations culturelles en cours.
Sur le plan international, cet échange entre chercheurs saoudiens, français et marocains illustre combien le cinéma est une plateforme de réflexion globale, conjuguant préoccupations environnementales, identitaires et politiques. Il montre également les bénéfices de la coopération interculturelle à travers la convivialité des débats académiques, qui agit comme un catalyseur d’innovation critique.
En France, pays dont l’histoire est profondément liée à celle du cinéma, accueillir de telles perspectives contemporaines enrichit non seulement les recherches mais offre aussi une fenêtre sur une Arabie Saoudite en pleine transformation culturelle. Cela invite à dépasser les clichés et à reconsidérer le rôle de la création artistique dans le dialogue international.
Ainsi, la question qui se pose aujourd’hui est celle du rôle futur du cinéma saoudien dans la diplomatie culturelle mondiale et dans la construction d’un avenir partagé qui allie héritage, modernité et conscience écologique. Comment ces nouvelles voix cinématographiques peuvent-elles contribuer à une meilleure compréhension mutuelle entre les cultures et à une réflexion collective sur l’environnement et les identités en mutation ? Le débat, ouvert à toutes les sensibilités, est lancé.
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