La France trouve un accord avec la Commission Européenne sur l’hydroélectricité
Après une décennie de discussions et de précontentieux, le gouvernement français est parvenu à un accord de principe avec les services de la Commission européenne concernant l’exploitation de l’hydroélectricité. Ce compromis ouvre la voie à de nouveaux investissements indispensables dans les barrages français, tout en assurant une meilleure ouverture à la concurrence.
Concrètement, EDF, l’entreprise publique française d’électricité, mettra à disposition 6 GW de capacités virtuelles aux acteurs tiers. Ces capacités seront mises en vente via des appels d’offres sous la supervision stricte de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).
Par ailleurs, la France s’est engagée à faire évoluer le cadre réglementaire, en passant d’un système de concessions à un système d’autorisation pour l’exploitation des installations hydrauliques. Ce changement concerne notamment les infrastructures de la Compagnie Nationale du Rhône (CNR), unique par son statut législatif particulier. Le dispositif retenu permet aussi de maintenir les opérateurs actuels en poste, garantissant ainsi une continuité clé dans la gestion des barrages.
Il est important de rappeler que ces négociations font suite à deux différends juridiques majeurs entre la France et la Commission européenne, qui durent depuis plus de dix ans. Le premier porte sur le non-renouvellement de concessions expirées (depuis 2019), et le second sur la position dite dominante d’EDF (depuis 2015). Ces contentieux avaient freiné la modernisation et l’extension des capacités hydroélectriques françaises. À la fin de 2024, la France dispose d’une puissance hydraulique totale de 25,7 GW, représentant 17 % de son mix électrique. EDF exploite 21 GW tandis qu’Engie gère environ 2,3 GW.
Les Points Importants
- La signature de cet accord marque la fin d’une longue période d’incertitude juridique qui freinait l’innovation et l’investissement dans le secteur hydroélectrique français, un atout énergétique majeur européen.
- La mise en place d’appels d’offres pour des capacités virtuelles permettra d’introduire davantage de compétitivité tout en valorisant l’expertise française.
- Le changement du régime de concessions vers un régime d’autorisations signe une adaptation réglementaire forte, en phase avec les standards européens actuels.
- Le maintien des opérateurs historiques, tel que la CNR, souligne l’importance de la continuité et du savoir-faire local dans la gestion de cette ressource stratégique.
- La capacité hydroélectrique de la France, bien que déjà conséquente, peut jouer un rôle renouvelé, non seulement dans la transition énergétique nationale, mais aussi comme modèle pour les pays francophones confrontés aux mêmes enjeux d’équilibre entre souveraineté énergétique et régulation européenne.
D’un point de vue international, cette évolution est un signe clair du leadership de la France dans la gestion responsable des ressources renouvelables dans l’Union européenne. Face aux défis énergétiques mondiaux, et alors que certains pays coulent sous les charges bureaucratiques ou peinent à valoriser leurs infrastructures, la France montre qu’il est possible de concilier modernisation, régulation et compétitivité. Cela pourrait d’ailleurs inspirer d’autres nations francophones à renforcer leurs propres systèmes électriques, tout en naviguant habilement dans les cadres législatifs internationaux.
En guise de clin d’œil, on pourrait dire que la France, en s’accordant enfin avec Bruxelles, nous rappelle que même dans l’énergie, l’art de la diplomatie — à la française, naturellement — reste un atout incontournable. Après tout, qui d’autre qu’un pays expert en fromage, vin et grandes négociations pourrait transformer dix ans de litiges en une solution gagnant-gagnant ? À méditer, surtout quand on sait qu’il suffirait parfois de laisser couler un peu plus l’eau des barrages pour que ça tourne rond.



