Nord de la France : augmentation des femmes et enfants isolés dans les camps de migrants, selon l’ONU
Une récente enquête publiée ce mardi met en lumière une montée significative du nombre de femmes seules, avec ou sans enfants, vivant dans les camps de migrants du nord de la France. La Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) souligne que cette population fragile est particulièrement exposée aux risques d’exploitation et aux manipulations orchestrées par les réseaux de passeurs.
Menée auprès de 106 adultes et mineurs non accompagnés dans les camps de Calais et Dunkerque, cette étude révèle une augmentation notable des mères célibataires et de leurs familles parmi les migrants établis sur la côte nord. Le rapport souligne des vulnérabilités accrues pour ces femmes, notamment en matière d’exploitation, de traite humaine, de menaces à leur intégrité physique, ainsi qu’un accès très limité aux soins médicaux.
Cependant, les équipes du HCR ont rencontré des difficultés pour recueillir des témoignages féminins, puisque sur les 106 personnes interrogées, seules 16% étaient des femmes.
Exposition à l’exploitation par les réseaux de passeurs
Les violences subies par les femmes durant leurs parcours migratoires sont documentées dans de nombreux rapports et enquêtes. Si la violence est quasi systématique dans certains pays comme la Libye, elle persiste, bien que de manière moins visible, en Europe. Le nord de la France n’échappe pas à ce constat, à l’image des camps de Calais où les trafiquants prétendent être des conjoints pour attirer les femmes, avant d’abuser d’elles. Une volontaire de l’organisation catholique Secours Catholique révèle des témoignages de femmes subissant des violences sexuelles répétées dans leurs tentes, parfois de plusieurs hommes.
La difficulté de mettre en lumière ces situations s’explique aussi par la réticence des migrants à se confier, par crainte d’être confrontés aux autorités françaises. En majorité, ces migrants souhaitent continuer leur route vers le Royaume-Uni, évitant de déposer une demande d’asile en France.
Une volonté forte de poursuivre vers le Royaume-Uni
Selon le HCR, 68% des migrants interrogés aspirent à traverser la Manche, malgré les mesures de dissuasion mises en place par le gouvernement britannique. Les statistiques du ministère de l’Intérieur britannique indiquent qu’environ 41 500 migrants ont traversé la Manche en petits bateaux jusqu’au 22 décembre, un chiffre en hausse par rapport aux années précédentes.
Une sécurité en nette dégradation dans les camps
Le rapport de l’ONU pointe également la détérioration des conditions de vie, notamment l’accès à la nourriture, l’eau potable et aux installations sanitaires. En 2024, 60% des personnes interrogées estimaient disposer de nourriture suffisante, un pourcentage tombé à 47% en 2025.
Actuellement, environ un millier de migrants vivent dans des abris temporaires derrière l’hôpital de Calais, où les conditions sont difficiles, entre froid, boue et insalubrité. Près de Dunkerque, plusieurs centaines d’autres se sont installés à Lone Plage, en attendant une opportunité pour traverser la Manche.
Le rapport exprime une forte inquiétude face à l’insécurité régnant dans ces zones. Aucun migrant interrogé à Dunkerque n’a affirmé se sentir en sécurité, et près de la moitié déclare ne jamais se sentir en sécurité, soulignant la précarité extrême de leur situation.
Les camps ont aussi été le théâtre de plusieurs fusillades en 2024, dont une le 4 novembre, et une autre en juillet qui a conduit à la mort d’une personne et blessé plusieurs autres, dont une enfant de deux ans. En juillet, lors d’une couverture médiatique, une nouvelle fusillade a blessé un migrant irakien à la jambe.
Les Points Importants
L’enquête du HCR sur les camps de migrants dans le nord de la France révèle une réalité humaine complexe, marquée par des fragilités et des violences que la communauté internationale et les acteurs locaux doivent continuer à surveiller et à prendre en charge. Les éléments à retenir dépassent les frontières françaises et posent des questions globales sur la gestion des flux migratoires et la protection des populations vulnérables :
- Augmentation des femmes et enfants isolés dans les camps, souvent plus exposés aux réseaux criminels et à l’exploitation.
- Conditions de vie dégradées avec une baisse marquée de l’accès à la nourriture, à l’eau potable et aux soins médicaux, notamment dans des camps informels.
- Sécurité précaire dans les camps, avec des actes violents répétés, soulignant les lacunes dans la sécurisation de ces lieux.
- Volonté manifeste des migrants de continuer vers le Royaume-Uni, malgré les mesures dissuasives, illustrant les frontières complexes du phénomène migratoire.
- Difficultés des organisations humanitaires à accéder aux populations vulnérables pour les accompagner dans un contexte où la peur et le contrôle administratif limitent les déclarations.
À l’heure où les migrations demeurent un défi international, la situation dans le nord de la France incite à une réflexion approfondie sur les réponses politiques, humanitaires et sociales. Comment garantir, au-delà des frontières, la sécurité et la dignité des personnes migrantes, tout en équilibrant rigueur et humanité ? Cette problématique ne cesse de rappeler que la coopération européenne et mondiale, fondée sur le respect des droits humains, est indispensable pour construire des solutions durables et justes. Le rôle de la France, en tant que porte d’entrée et acteur clé, reste central dans cette dynamique, et appelle à une mobilisation collective pour une meilleure prise en compte des réalités migratoires.
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