«No podemos dejar pasar las Navidades»
Trois nouveaux foyers de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) détectés en France le 17 décembre préoccupent vivement les éleveurs espagnols. Cette maladie, qui affecte principalement les bovins, est classée en catégorie A par la Commission européenne, ce qui impose l’abattage systématique des troupeaux concernés. Cette mesure stricte génère une forte inquiétude parmi les professionnels de la filière.
La maladie avait franchi les Pyrénées dès octobre dernier, touchant 18 exploitations et entraînant la destruction de plus de 2 500 bêtes dans la région de l’Alt Empordà, en Catalogne. Près de trois mois plus tard, alors que la plupart des éleveurs semblaient avoir surmonté la première vague – au cours de laquelle les conditions climatiques étaient alors plus favorables à la propagation –, la menace réapparaît à la frontière espagnole. Cette situation survient d’autant plus à un moment où le prix de la viande bovine atteint des niveaux historiques.
L’alerte liée à la progression de la dermatose nodulaire contagieuse accentue la tension autour de la sécurité sanitaire du bétail en Espagne. La Unión de Pequeños Agricultores y Ganaderos (UPA) exprime l’angoisse de ses membres face à la persistance des foyers en France, particulièrement dans des zones proches de la frontière. « Bien qu’il n’y ait pas eu de nouveaux cas en Catalogne depuis le 24 octobre, la situation demeure incertaine pour les éleveurs, qui perçoivent une menace sérieuse pour les élevages du littoral cantabrique », souligne l’association, qui presse le ministère espagnol de l’Agriculture à renforcer sa vigilance et à passer à l’action rapidement.
L’UPA a demandé une réunion urgente avec Emilio García Muro, directeur général de la Santé de la production agroalimentaire et du bien-être animal, afin d’obtenir des informations précises sur l’évolution de la DNC en France et sur la proposition française, présentée à l’échelle européenne, visant à abaisser la classification de la maladie.
Les éleveurs redoutent la passivité des autorités espagnoles : « Nous ne pouvons pas laisser les fêtes de Noël se dérouler dans la sérénité alors que nous ne le sommes pas. Nous avons besoin de connaître les plans des autorités sanitaires. L’enjeu est majeur », martèlent-ils.
Par ailleurs, ils suggèrent de revoir la classification de la maladie, de la catégorie A à B. Cette modification impliquerait que, en cas de détection d’un bovin positif, seul cet animal soit abattu – à l’instar du protocole appliqué pour la fièvre catarrhale ovine (maladie de la langue bleue) – au lieu d’un vide sanitaire complet de l’exploitation. Cette nouvelle approche serait acceptable dès lors qu’elle n’entrave pas les exportations.
Cependant, la Commission européenne reste prudente. Selon des sources officielles, il est encore prématuré d’envisager un changement de la classification. Les experts insistent sur le peu de connaissances actuelles relatives à la DNC et soulignent la nécessité de mesures rigoureuses pour son éradication. La stratégie actuelle mise sur la restriction des mouvements, la vaccination, une surveillance accrue des transports ainsi que des contrôles stricts des personnels intervenant sur les élevages.
Le virus de la dermatose nodulaire contagieuse se transmet principalement par contact direct entre animaux, mais également de manière très efficace par des insectes vecteurs tels que les mouches, tiques et moucherons, qui peuvent infecter les fermes voisines. Ces insectes représentent les principaux agents de transmission, ce qui fait du climat froid un allié naturel contre la propagation de la maladie. Néanmoins, les éleveurs insistent sur la nécessité d’une réponse rapide avant l’arrivée des températures plus clémentes au printemps, qui pourraient intensifier la diffusion du virus en Espagne.
Les Points Importants
- La dermatose nodulaire contagieuse, une maladie bovine grave, est sous étroite surveillance en France et en Espagne en raison de son impact économique et sanitaire.
- Classée en catégorie A par la Commission européenne, elle impose l’abattage total des troupeaux affectés, une mesure qui suscite des débats quant à son adéquation.
- La proximité géographique des derniers foyers français avec la frontière espagnole accentue l’inquiétude des éleveurs espagnols, notamment dans les régions frontalières et la Corniche Cantabrique.
- L’UPA, représentant des petits agriculteurs et éleveurs en Espagne, réclame une action plus ferme et plus rapide des autorités sanitaires, tout en demandant la réévaluation du statut sanitaire pour limiter l’impact économique.
- La Commission européenne appelle à la prudence et à la rigueur scientifique avant de modifier les règles, insistant sur la prévention – contrôle des mouvements, vaccination, surveillance des vecteurs et “vide sanitaire”.
- La transmission vectorielle par insectes souligne l’importance cruciale des conditions climatiques dans la gestion et la prévention de la maladie.
Sur la scène internationale, la coordination entre pays frontaliers, notamment entre la France et l’Espagne, est essentielle pour maîtriser l’expansion de cette maladie. Face à la mondialisation des échanges et aux enjeux économiques liés à l’élevage bovin, la situation rappelle l’importance du rôle régulateur de l’Union européenne. La vigilance partagée, les échanges d’informations et les stratégies communes restent indispensables pour limiter les dommages, tout en assurant la compétitivité et la sécurité alimentaire.
Ce défi sanitaire invite aussi à repenser nos modes de production et nos politiques agricoles dans une perspective durable, où la préservation de la santé animale se conjugue à celle des écosystèmes. Alors que le climat joue un rôle majeur dans la diffusion des maladies vectrices, comment les États européens – et au-delà – peuvent-ils anticiper et s’adapter à ces nouvelles menaces ? La question dépasse le cadre strict de la filière agricole et interpelle les politiques environnementales, la recherche scientifique et la coopération internationale, pour construire un avenir résilient.
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