Le cyclisme s’inspire du football avec un marché des transferts sans précédent : Oscar Onley, Remco Evenepoel, Carlos Rodríguez et les dossiers les plus explosifs

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Le cyclisme s’inspire du football avec un marché des transferts inédit : Oscar Onley, Remco Evenepoel, Carlos Rodríguez et les cas les plus marquants

Le cyclisme professionnel connaît actuellement une véritable révolution, à l’image du football, avec un marché des transferts particulièrement actif et lucratif. Une tendance qui chamboule les règles établies et qui inquiète certains acteurs de la discipline, notamment en France, terre historique du vélo.

C’est un secret de polichinelle désormais : les grosses écuries sont prêtes à investir des millions d’euros pour s’attacher les talents les plus prometteurs. Selon Daniel Benson, journaliste reconnu et bien informé, l’équipe néerlandaise Picnic PostNL aurait perçu près de six millions d’euros de la part de la formation britannique INEOS Grenadiers, afin que la pépite écossaise Oscar Onley ne commence même pas la pré-saison avec son ancien club. Onley s’est alors entraîné et couru en Australie, notamment au Tour of Bright, avant de faire ses débuts au Tour Down Under sous ses nouvelles couleurs, signant ainsi un coup majeur sous la direction de Geraint Thomas.

Ce cas d’Onley n’est pas isolé. Le manager Iwan Spekenbrink, chez Picnic PostNL, a déjà connu plusieurs situations similaires dans le passé : le transfert à prix d’or de Marc Hirschi vers UAE Team Emirates dès janvier 2021, le départ de Marcel Kittel vers Etixx-QuickStep en 2015 ou encore la résiliation anticipée du contrat de Tiesj Benoot en 2021 pour rejoindre Visma, sont autant d’exemples révélant une stratégie de « vendeur » malgré la réglementation stricte qui encadre ces mouvements.

Une réglementation rigide mais… contournée

Les règles, notamment les articles 2.15.120 et 2.16.041 du Règlement du Sport Cycliste, interdisent explicitement tout paiement entre équipes pour les transferts : un coureur devient libre à l’expiration de son contrat, mais aucun système d’indemnisation directe n’est autorisé. En France, ce cadre est même renforcé par l’interdiction des clauses de résiliation.

Dans les faits, les équipes organisent des « départs à l’amiable » avec des ruptures contractuelles négociées où des dédommagements sont versés, une pratique qui devient la norme. Le cas emblématique en est celui de Remco Evenepoel qui a payé pour quitter Soudal avant de rejoindre Red Bull-BORA.

Des sommes colossales ouvrent le marché à tous

L’arrivée de formations disposant de budgets quasi illimités bouleverse les usages traditionnels du cyclisme, plus rigides que dans d’autres sports. Remco Evenepoel ou Oscar Onley ne sont que les figures les plus visibles d’un système désormais bien ancré.

D’autres coureurs comme Egan Bernal, qui a déboursé plus de 300 000 euros pour quitter Androni Giocattoli en 2017 et s’engager avec Sky, ou Carlos Rodríguez qui a dû verser quatre millions à Movistar pour casser un pré-contrat, illustrent cette évolution où les montants et les procédés deviennent réguliers, bien que non encadrés officiellement.

La réponse attendue de l’UCI

Face à cette dynamique, née en partie de sa propre organisation du calendrier des transferts, l’Union Cycliste Internationale (UCI) doit envisager une réforme profonde. Les exemples récents – Evenepoel, Cian Uijtdebroeks, ou encore Primoz Roglic dont le transfert a nécessité environ trois millions d’euros – accentuent la pression pour une clarification règlementaire.

Deux changements majeurs sont sur la table : l’abrogation des textes actuels interdisant les transferts payants et la mise en place d’une réglementation claire pour organiser un marché professionnel, cohérent avec la montée en puissance économique du WorldTour et la disparité croissante avec les équipes de seconde division.

Par ailleurs, la durée même du marché doit être revue. Aujourd’hui, deux fenêtres existent : une période de transferts immédiats en pleine saison (début-15 août) et une autre allant d’août à fin décembre pour les nouvelles signatures, sans compensation financière. La réforme devrait harmoniser ces périodes pour renforcer la transparence et la justice sportive.

Un modèle économique proche du football

Selon Daniel Benson, les ventes cumulées par Picnic PostNL atteindraient environ 10 millions d’euros, une somme non négligeable quand on sait que le budget moyen d’une équipe de deuxième voire troisième rangée dans le peloton est de l’ordre de 25 millions d’euros. Ce business des transferts pourrait offrir une assise financière supplémentaire à ces formations, tout en creusant davantage l’écart avec les « super équipes » disposant déjà de ressources quasi illimitées.

Toutefois, il ne faut pas oublier que le cyclisme repose encore très largement sur les contrats de sponsoring, fragiles et fluctuants. La professionnalisation du marché des transferts pourrait donc être une étape clé pour la stabilité économique du sport.


Les Points Importants

  • Le cyclisme professionnel adopte un système de transferts inspiré du football, avec des clauses financières et des négociations de plus en plus lucratives.
  • Les règles actuelles interdisent officiellement les paiements directs pour les transferts, mais un système parallèle de résiliation de contrat avec indemnisation s’est développé.
  • Certains coureurs français et internationaux majeurs ont été au cœur de ces négociations financières, illustrant la tendance globale.
  • L’UCI est confrontée au défi de moderniser la réglementation afin d’encadrer un marché en pleine expansion, tout en assurant équilibre compétitif et équité.
  • Les différences budgétaires entre les équipes sont accentuées par ce nouveau modèle économique, qui pourrait toutefois offrir un soutien financier à des équipes plus modestes.
  • La France, avec sa forte tradition cycliste et son poids dans le peloton mondial, a un rôle clé à jouer dans ces réformes, par exemple en adaptant ses règles nationales en harmonie avec l’UCI.

En somme, ce mouvement vers un marché des transferts organisé ne manquera pas d’avoir des répercussions à l’échelle mondiale. Il interroge sur la nature même de ce sport, longtemps perçu comme une discipline d’endurance et de solidarité plus que comme une entreprise commerciale.

Cette évolution impose de réfléchir sur l’avenir du cyclisme professionnel : comment concilier tradition et modernité, préservation des valeurs fondamentales et structuration économique nécessaire ? Le débat est lancé, en particulier dans un contexte où la France demeure un acteur central du peloton, entre ses courses emblématiques et ses talents montants.

Loin d’être une simple adaptation, cette transformation pourrait modeler le paysage cycliste des décennies à venir, entre exigences financières, compétition accrue et rayonnement international renforcé. Le cyclisme « à la française » dispose là d’une occasion unique de conjuguer respect des racines et innovation économique, pour inspirer un sport en pleine métamorphose.


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