Un parc éolien flottant verra le jour en Normandie, mais pas d’investisseurs pour le projet Atlantique
Au terme de la huitième phase d’appel d’offres française dédiée aux projets éoliens en mer (AO8), un consortium franco-allemand formé par TotalEnergies et le groupe énergétique allemand RWE a remporté le droit de concevoir et construire un parc éolien flottant de 1,5 gigawatt (GW) situé au large des villes normandes de Cherbourg et du Havre, dans la baie de la Manche. Ce projet, baptisé Centre Manche 2 en référence à la zone maritime où il s’implantera, vise une connexion au réseau électrique d’ici 2033, avec une décision finale d’investissement attendue pour 2029. Le défi technique est de taille, puisque cette installation exploitera des fondations flottantes, innovation encore peu répandue dans le secteur des énergies renouvelables offshore.
Toutefois, peu après l’attribution du projet, RWE a annoncé son retrait, évoquant une réévaluation stratégique de son engagement. TotalEnergies continuera quant à lui à piloter le projet, à la recherche d’un nouveau partenaire.
Ce succès intervient environ deux ans après celui de Centre Manche 1, un projet d’une capacité d’un gigawatt attribué à EDF, en partenariat avec le canadien Enbridge et un fonds de retraite canadien. Ce même consortium a déjà fait ses preuves en Normandie avec trois parcs éoliens offshore posés solidement sur fonds marins, et développe un quatrième projet de 600 mégawatts.
L’innovation du Centre Manche 2 réside dans son modèle de fondations flottantes, moins conventionnel et naturellement plus coûteux, avec un investissement estimé à 4,5 milliards d’euros. TotalEnergies qualifie ce projet comme sa plus grande initiative en France depuis trois décennies. Le tarif prévu pour l’électricité produite est de 6,6 centimes d’euro par kilowattheure.
Par contraste, un autre appel d’offres antérieur (AO7) concernant un parc éolien d’un gigawatt au large de la Nouvelle-Aquitaine, plus précisément à 35 km des côtes de l’île d’Oléron, n’a pas trouvé preneur après trois ans sans aucune offre déposée. Neuf candidats qualifiés en mars 2023 ont abandonné l’opération, pointant plusieurs obstacles, notamment : la durée et la complexité de la procédure d’appel d’offres européenne — rare par sa longueur de trois ans —, la pression concurrentielle sur les prix, ainsi que des conditions géographiques peu favorables (profondeur de l’eau, nature du fond marin, ressources éoliennes).
Patrick Lammers, patron de Skyborn Renewables et participant à l’appel d’offres, a souligné que la zone AO7 avait été déterminée dans un cadre où les contraintes d’exclusion avaient réduit considérablement les alternatives, plutôt qu’avec l’objectif d’optimiser le potentiel éolien offshore. Il a aussi évoqué la concurrence plus rude sur le marché financier actuel : la hausse des coûts, l’inflation et les attentes élevées des investisseurs les amènent à privilégier les projets aux équilibres risques-rentabilité plus favorables. Le choix de s’intéresser à une industrie mondiale des énergies renouvelables se confirme, loin des stratégies purement locales.
Malgré cet échec ponctuel, Lammers rappelle que la France demeure un marché solide grâce à ses contrats différenciés, indexés sur l’inflation et les coûts. Le pays peut compter sur des infrastructures de réseau robustes et un cadre politique clair pour le développement de l’éolien offshore, ce qui le place favorablement sur la scène énergétique européenne.
Les Points Importants
- Projet phrare en Normandie : Centre Manche 2 incarne l’ambition technologique française et européenne avec un démonstrateur d’éolien flottant ambitieux, pointant vers un mix énergétique innovant et durable.
- Retrait stratégique et partenariat dynamique : Le désistement de RWE illustre les réalités économiques et stratégiques dans des secteurs en mutation, mais souligne aussi la confiance maintenue de TotalEnergies dans ce marché.
- Succès et continuité : La trajectoire de Centre Manche 1 avec EDF et ses partenaires confirme l’expertise française et l’attractivité de la région pour l’éolien en mer posé, un segment déjà mature.
- Contexte concurrentiel et exigences des investisseurs : Les difficultés rencontrées pour le projet AO7 sont révélatrices des évolutions actuelles du secteur, où la maîtrise des risques financiers devient un critère crucial.
- France : un cadre stable pour les renouvelables : Malgré ces enjeux, le cadre réglementaire français, avec ses contrats de longue durée indexés, assure une certaine sécurité aux investisseurs prêts à s’engager sur des projets innovants.
- Enjeux géopolitiques et économiques : Le modèle français, combiné avec des soutiens européens, joue un rôle dans la diversification des sources d’énergie, réduisant la dépendance aux importations fossiles en renforçant une industrie propre et locale.
Sur la scène internationale, ce projet normand souligne la volonté française de rester un leader dans la transition énergétique, même si cela implique de naviguer dans des eaux souvent agitées, entre dynamique commerciale et défis technologiques. Tandis que les investisseurs s’éloignent de certains appels d’offres jugés trop risqués ou complexes, la puissance française conjugue tradition et innovation, posant ainsi les bases d’une industrie éolienne offshore pérenne.
On pourrait presque dire : la mer est pleine d’énergie, mais parfois aussi pleine de surprises, et il faut savoir faire preuve de patience — et d’humour — pour transformer les vents contraires en un souffle nouveau. Après tout, à Point Sud, nous savons bien que chaque grande aventure commence par un premier tour de voile… ou d’éolienne flottante, bien sûr.
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