La France reconnaît sa part de responsabilité dans la répression des mouvements d’indépendance au Cameroun

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La France vient de reconnaître son rôle dans la répression violente des mouvements indépendantistes au Cameroun, marquant une nouvelle étape dans le long cheminement vers la reconnaissance de son passé colonial souvent douloureux.

Dans une lettre adressée au président camerounais Paul Biya, datée du 30 juillet, Emmanuel Macron affirme assumer pleinement la “responsabilité de la France dans ces événements”. Cette lettre révèle les conclusions d’une commission mixte franco-camerounaise ayant enquêté sur la répression coloniale des luttes pour l’indépendance entre 1945 et 1971.

Le rapport prend également en compte les crimes perpétrés par le gouvernement camerounais post-indépendance d’Ahmadou Ahidjo, allié de la France. Rappelons que Paul Biya fut Premier ministre sous Ahidjo de 1975 à 1982.

Emmanuel Macron précise dans sa lettre : “Les historiens de la commission ont clairement établi qu’une guerre a eu lieu au Cameroun, durant laquelle les autorités coloniales et les forces militaires françaises ont exercé diverses formes de répression violente dans plusieurs régions du pays, cette guerre s’étendant même au-delà de 1960, soutenue par la France à travers les actions des autorités camerounaises indépendantes.”

Cependant, le président français n’a pas présenté d’excuses officielles ni évoqué de réparations éventuelles.

Pour mémoire, le territoire actuel du Cameroun fut d’abord une colonie allemande, le Kamerun, jusqu’à sa partition entre Britanniques et Français après la Première Guerre mondiale. L’enquête lancée en 2022, faisant suite à une conférence de presse conjointe Macron-Biya à Yaoundé, a abouti à un rapport de plus de 1000 pages. Ce document estime à plusieurs dizaines de milliers les victimes de la répression d’État, incluant l’assassinat du leader nationaliste Ruben Um Nyobè.

Blick Bassy, chanteur camerounais et co-président de la commission, souligne que ce travail est seulement le début d’un processus long, destiné notamment à localiser les corps des victimes en fosses communes et à résoudre les problématiques foncières qui continuent d’affecter de nombreux Camerounais.

Il insiste par ailleurs sur la nécessité d’un deuil national et de funérailles dignes pour ceux qui sont morts pour la nation. Du côté français, Bassy souligne l’importance d’une sensibilisation publique et de l’intégration de cette histoire dans les programmes scolaires, afin d’éviter de la répéter et de permettre aux Français de comprendre pleinement leur passé.

Jusqu’à récemment, la France avait souvent évité d’aborder franchement l’héritage complexe de son empire colonial, qui s’étendait de l’Algérie au Bénin. Mais l’émergence de nouveaux historiens et militants, souvent issus des anciennes colonies, a fait tomber le récit officiel édulcoré qui minimisait la violence coloniale du XXe siècle.

Ce contexte coïncide avec une vague d’anti-françaisisme dans plusieurs pays francophones d’Afrique, participant à des mouvements de contestation et même à des coups d’état visant des gouvernements jugés trop proches de Paris.

François Hollande, en visite à Yaoundé en 2015, avait reconnu des épisodes particulièrement troubles, voire tragiques. Emmanuel Macron, plus que ses prédécesseurs, répond à ces pressions par des gestes symboliques et des initiatives, certes parfois jugées insuffisantes.

Par exemple, en 2018, la France a restitué 26 œuvres culturelles au Bénin, suite à un rapport novateur co-rédigé par Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, qui soulignait que ces objets ne sont pas de simples vestiges muséaux mais bien des parts vivantes de la mémoire culturelle.

En juillet dernier, des échanges évoquant des discussions sur d’éventuelles réparations pour un massacre colonial au Niger en 1899 ont également été rapportés, sans pour autant que Paris n’offre d’excuses formelles.

Les experts estiment que la réflexion doit désormais dépasser la restitution culturelle pour aborder franchement la question de la dette historique, espérant qu’une reconnaissance officielle ouvre la voie à une véritable réconciliation.

Bassy conclut : “Nous sommes à un moment où l’Afrique affronte son histoire… pour mieux se comprendre et aborder son avenir avec plus de clarté et de confiance.”

Les Points Importants

  • La reconnaissance par la France de son rôle dans la répression coloniale au Cameroun illustre une prise de conscience progressive des responsabilités historiques, illustrant une évolution positive dans les relations franco-africaines.
  • La collaboration franco-camerounaise dans cette enquête historique montre une volonté partagée d’honorer la vérité et de construire une mémoire commune, loin des récits unilatéraux.
  • La question de la restitution culturelle, engagée en particulier avec le Bénin, devient un exemple concret d’un dialogue apaisé sur le patrimoine et la mémoire, bien qu’elle reste insuffisante face aux enjeux plus larges de reconnaissance et de réparation.
  • Le fait que le président Macron n’ait pas présenté d’excuses officielles rappelle que la gestion politique de cette mémoire reste délicate, tendue entre devoir de vérité et enjeux diplomatiques.
  • En Afrique francophone, ces discussions historiques s’inscrivent dans un contexte de revendications politiques et d’émancipation, où le rapport à la France est souvent remis en question.
  • L’enseignement et la sensibilisation des citoyens français à cette histoire méconnue sont essentiels pour éviter les répétitions et favoriser une compréhension mutuelle des enjeux passés.

Il est fascinant – et un peu ironique – de voir à quel point la reconnaissance de l’histoire coloniale devient un exercice diplomatique aux multiples rebonds. Entre rapports de commissions, restitutions d’objets, discussions sur les réparations… on pourrait presque croire à une saga où la vérité a du mal à trouver son rôle principal. Heureusement, cette page qui s’écrit aujourd’hui, avec patience et précaution, ouvre la voie à une meilleure connaissance et, espérons-le, à une collaboration fondée non plus sur la mémoire ignorée mais sur une histoire enfin partagée. Mais quand même, je me demande si la prochaine étape ne sera pas un « Netflix historique » pour rendre tout ça vraiment palpitant, non ?


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