La criminalisation du colonialisme met fin à la “guerre de la mémoire” entre l’Algérie et la France

La criminalisation du colonialisme met fin à la "guerre de la mémoire" entre l'Algérie et la France

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La criminalisation du colonialisme évite une “guerre des mémoires” entre l’Algérie et la France

Interview réalisée par Mohamed Sayedmo

Sabrina Sebaihi, députée française du groupe Europe Écologie Les Verts, considère que la reconnaissance juridique du colonialisme peut être une passerelle politique et morale essentielle pour réajuster les relations entre l’Algérie et la France. Face aux tentatives du bloc d’extrême droite de réinterpréter de manière punitive le passé commun, elle affirme dans un entretien exclusif accordé à “Point Sud” lors de sa récente visite à Alger que les liens franco-algériens ne sauraient se réduire aux crises passagères ni aux débats politiciens bruyants. Elle prône plutôt l’exploitation de la période de calme actuelle pour jeter les bases d’une confiance renouvelée.

Une diplomatie parlementaire au service du rapprochement

Interrogée sur ses fréquentes visites en Algérie dans le cadre du dialogue diplomatique parlementaire, Sabrina Sebaihi explique que, lorsque les relations gouvernementales sont bloquées ou figées, le rôle des parlementaires devient crucial pour maintenir un dialogue soutenu au plus haut niveau. À travers ses rencontres successives, elle cherche à renforcer les liens populaires, culturels et générationnels, favorisant une amitié équilibrée et respectueuse entre les deux pays.

Un dialogue haut placé et constructif

Lors de son accueil par le président de l’Assemblée populaire nationale, Ibrahim Bougali, les échanges ont porté sur l’ensemble des questions bilatérales. Ils ont souligné la nécessité de renforcer les consultations approfondies, notamment dans le domaine sécuritaire. Parmi les sujets abordés figuraient la diplomatie parlementaire, la situation de Christophe Gelyz, un citoyen franco-algérien, ainsi que la coopération contre le changement climatique.

La loi algérienne criminalisant le colonialisme : un pas politique et symbolique

À l’occasion de ce séjour, le parlement algérien a voté à l’unanimité un projet de loi qui criminalise le colonialisme français dans le pays. Tout en restant prudente sur le contenu législatif adopté en Algérie, la députée française souligne l’importance du consensus dépassant les clivages politiques. Ce texte s’inscrit, selon elle, dans la nécessaire reconstruction d’une relation authentique fondée sur la reconnaissance des crimes coloniaux avant d’envisager une nouvelle ère de coopération. Elle insiste : le colonialisme français, comme tous les empires coloniaux, a commis des atrocités relevant des crimes contre l’humanité, niant l’essence même de la dignité humaine. La grandeur de la France se mesurera aussi à sa capacité à reconnaître ce passé. Le président Emmanuel Macron a ouvert une voie courageuse en évoquant ces crimes, malgré l’opposition des courants conservateurs qui, aujourd’hui, tentent d’imposer un agenda revanchard envers l’Algérie.

Législation et mémoire : un antidote contre la montée des extrémismes

En réponse aux craintes d’une “guerre des mémoires” alimentée par l’extrême droite qui refuse tout aveu ou réparation, Sabrina Sebaihi se montre optimiste : la législation qui consacre la vérité historique est précisément ce qui peut désamorcer ces tensions. Le temps jouera en effet son rôle, quoiqu’en pensent certains courants extrémistes. Il ne s’agit pas de stigmatiser la France, bien au contraire, mais d’honorer l’intégrité de son histoire.

Vers une réconciliation fondée sur la vérité et l’avenir partagé

Sur l’état actuel des relations franco-algériennes, la députée fait part d’un réel optimisme relatif. Si des passages difficiles se sont multipliés, notamment sous l’ère de l’ancien ambassadeur Bruno Retailleau, un climat apaisé s’est installé, ouvrant une fenêtre propice au dialogue. France et Algérie restent interdépendantes. Le chemin à suivre est clair : regarder l’histoire en face, l’assumer pleinement et projeter une collaboration tournée vers l’avenir commun.


Les Points Importants

  • Dialogue parlementaire : Lorsque les négociations gouvernementales stagnent, les parlementaires jouent un rôle indispensable pour maintenir le lien et faciliter un dialogue approfondi entre nations.

  • Reconnaissance historique : L’adoption à l’unanimité d’une loi en Algérie punissant le colonialisme montre une volonté politique forte d’ancrer la mémoire dans le droit, dépassant les querelles partisanes.

  • Le rôle exemplaire de la France : Par son héritage, ses engagements récents et ses débats internes, la France démontre une capacité à s’interroger sur son passé, ce qui enrichit son rayonnement international.

  • La coopération bilatérale élargie : Les échanges portent désormais sur des dossiers contemporains vitaux comme la sécurité et le changement climatique, illustrant la profondeur des intérêts communs.

  • Lutte contre l’extrémisme : Le cadre légal consacré à l’histoire commune constitue un rempart face à la résurgence d’une lecture vindicative portée par l’extrême droite dans les deux pays.

  • Perspective internationale : Cette dynamique franco-algérienne représente un modèle de réconciliation historique, inspirant d’autres nations confrontées à un héritage colonial complexe.


Réflexion finale

Au-delà des polémiques et dialectiques politiques, la question franco-algérienne invite à une méditation universelle sur la manière dont les États et les sociétés abordent leur passé douloureux. Comment concilier reconnaissance des blessures avec construction d’un avenir partagé ? Loin de privilégier les rancunes, la voie proposée ici souligne la force du dialogue, de la vérité et d’une mémoire apaisée. La responsabilité des acteurs politiques et citoyens est grande : en écartant les stratégies de division et en cultivant une approche historique lucide, il est possible d’ouvrir des horizons communs, nourris par la diversité et l’héritage réciproque. Cette démarche rejoint une aspiration mondiale à faire du passé un levier pour un avenir plus inclusif et respectueux des identités croisées. Et si cette reconnaissance historique devenait un facteur de stabilité géopolitique dans une région clé ? Une invitation à réfléchir sur le rôle que peut jouer chaque nation dans la promotion d’une mémoire partagée, facteur de paix et de progrès.


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