Il est temps de relancer le trilatéral Inde-France-Australie
En 2020, une première rencontre trilatérale entre des hauts fonctionnaires de Delhi, Canberra et Paris avait suscité un élan d’optimisme quant au potentiel de ce partenariat tripartite, visant à renforcer la coopération dans la région indo-pacifique. L’année suivante, les ministres des Affaires étrangères des trois pays se retrouvaient en marge du G7, partageant leurs préoccupations communes sur les enjeux stratégiques, sécuritaires, économiques et environnementaux de cette zone, et s’engageant à agir de concert.
L’idée d’un « axe Paris-Delhi-Canberra » n’est pas nouvelle. Dès 2018, le président Emmanuel Macron avait évoqué l’idée d’une alliance stratégique face à la montée en puissance de la Chine dans la région. Si certains, notamment en Australie, doutaient encore de l’utilité concrète d’un tel dispositif, Canberra a progressivement adhéré à cette ambition, en cohérence avec sa volonté d’affirmer davantage son rôle dans l’océan Indien.
Toutefois, cet optimisme s’est brutalement estompé en septembre 2021, avec l’annonce surprise du pacte AUKUS par l’Australie, qui a fait dérailler une importante commande de sous-marins français. Paris, blessé par ces négociations secrètes entre Canberra, Londres et Washington, a alors suspendu la réunion ministérielle du trilatéral.
Après une pause de deux ans, la dynamique trilatérale a repris timidement en mars 2023, lors du Raisina Dialogue, dans un format mixte intégrant des officiels et non officiels. Quelques mois plus tard, une deuxième réunion des points focaux a permis de préciser l’agenda, les échanges portant sur la sécurité maritime, l’environnement, ainsi que l’aide humanitaire et la gestion des catastrophes. La dernière rencontre ministérielle en février, en marge du G20 à Johannesburg, a confirmé cet effort de coordination, sans toutefois produire de déclaration commune officielle. Le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a néanmoins souligné sur les réseaux sociaux les intérêts partagés des trois nations dans l’Indo-Pacifique et leur potentiel à renforcer mutuellement leurs positions.
Les Points Importants
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Une alliance stratégique unique : Ce trilatéral réunit trois puissances aux intérêts convergents dans l’Indo-Pacifique, avec une attention particulière portée à l’océan Indien, où la France conserve des territoires et une influence historique, et où l’Inde et l’Australie regardent avec ambition.
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Un rôle contrepoids dans la région : Face à la rivalité croissante entre Washington et Pékin, ce partenariat offre une forme d’équilibre, évitant de se réduire à une simple opposition bipolaire entre grandes puissances.
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Finalités pragmatiques : De la lutte contre la piraterie aux enjeux environnementaux, les défis ciblés par ce trilatéral sont concrets et nécessitent une coopération renforcée.
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Interconnexions diplomatiques : Le groupe pourrait renforcer sa pertinence en s’intégrant aux autres structures régionales comme le Quad, l’Indo Pacific Oceans Initiative (IPOI) ou l’Indian Ocean Rim Association (IORA), tout en assurant un positionnement clair vis-à-vis des États-Unis.
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Nécessité de structuration : Pour que cet échange survive et soit efficace, il importe d’institutionnaliser les rencontres ministérielles, d’organiser une coordination diplomatique régulière, et d’élargir la coopération sécuritaire notamment via l’échange d’informations, des exercices militaires conjoints, et un partage technologique.
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Un terrain d’action prioritaire : La zone occidentale de l’océan Indien, marquée par une insécurité maritime persistante, doit devenir un terrain d’expérimentation pour cette coopération trilatérale.
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Une opportunité actuelle : Dans un contexte où les relations indo-américaines connaissent des moments de tension et où le sommet du Quad est incertain, l’Inde gagnerait à s’appuyer sur le renouveau des liens entre la France et l’Australie pour dynamiser cette alliance stratégique.
En somme, entre ambitions géopolitiques concrètement ancrées et compétitions régionales complexes, ce partenariat franco-indien-australien présente une feuille de route prometteuse. Mais, dans un monde diplomatique saturé d’initiatives, la question demeure : ce triangle sera-t-il capable de dépasser les déclarations d’intention pour véritablement impacter la scène indo-pacifique ?
Après tout, n’est-ce pas toujours fascinant de voir nos grandes nations « réinitialiser » leurs alliances – un peu comme on redémarre un ordinateur quand il rame ? Espérons que cette fois, le reboot dure plus qu’une simple mise à jour. Parce qu’au fond, on a tous besoin d’un peu plus de cohérence, ne serait-ce que pour éviter les bugs géopolitiques à répétition.
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