De l’expérience internationale à la Syrie : la refonte monétaire, levier essentiel de la réforme économique et financière
Damas, Point Sud – L’annonce récente de la Banque centrale syrienne sur le lancement d’une nouvelle monnaie assortie de la suppression de deux zéros sur sa valeur nominale marque une étape significative. Ce n’est pas un simple ajustement ponctuel, mais bien une composante d’un programme économique global et réfléchi.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte de profondes transformations politiques, économiques et institutionnelles en Syrie depuis la libération, et s’inspire des réussites observées dans plusieurs pays comme l’Allemagne, la France ou encore la Turquie. Le gouverneur de la Banque centrale, Abdel Qader Al-Hassriya, a tenu à préciser que cette émission de nouveaux billets fait partie d’une stratégie coordonnée visant à mieux contrôler la masse monétaire et renforcer la supervision de la circulation des billets, dans le but d’assurer la stabilité monétaire et restaurer la confiance envers le système financier national. Il insiste sur le fait que cette transition monétaire ne devra pas avoir de conséquences négatives pour les citoyens durant la période de changement.
Pourquoi les États suppriment-ils des zéros ?
La suppression de zéros sur la monnaie n’est pas une situation extraordinaire dans l’histoire économique mondiale : c’est un outil utilisé à travers le temps par de nombreux pays pour lutter contre l’inflation et redonner confiance aux citoyens dans leur monnaie.
La France, emblématique en la matière, a lancé en 1960 le « nouveau franc » en retirant deux zéros, dans le cadre d’un vaste plan de réforme économique qui a restauré la stabilité monétaire et posé les bases d’une croissance durable. De même, la Turquie a supprimé six zéros de sa devise en 2005, après des années d’hyperinflation, lors d’un programme d’assainissement économique intégrant une rigueur budgétaire, une réforme bancaire et un soutien à la production. L’Allemagne, après la Seconde Guerre mondiale, a fait figure de pionnière en introduisant le « deutsche mark » en 1948, acte clé qui a mis fin au chaos monétaire et relancé l’économie du pays.
À l’inverse, des cas comme l’Argentine, le Venezuela ou encore le Zimbabwe démontrent que l’opération, si elle reste formelle et non accompagnée d’une gestion rigoureuse de la masse monétaire, est vouée à l’échec. Ainsi, la Banque centrale syrienne souligne que cette initiative ne vise pas à injecter de la monnaie supplémentaire, mais à procéder à un remplacement contrôlé dans le cadre d’une politique monétaire claire.
La Syrie : contrôle de la masse monétaire et restauration de la souveraineté économique
Les experts s’accordent à penser que cette transition pourrait encourager le rapatriement des capitaux dissimulés ou détenus à l’étranger, offrant à la Banque centrale syrienne une chance d’exercer une meilleure maîtrise de la liquidité nationale, à condition qu’elle s’accompagne d’un renforcement du contrôle bancaire et d’une extension des moyens de paiement électroniques, mesures que Monsieur Al-Hassriya souligne dans la feuille de route de la Banque.
Quel impact pour le citoyen syrien ?
La Banque centrale assure que cette opération sera totalement gratuite, sans frais ni taxes pour les citoyens, et qu’elle ne conduira pas à une dépréciation brutale des anciennes coupures. Les comptes bancaires seront automatiquement convertis, dissipant les craintes de perte des économies ou d’érosion du pouvoir d’achat. La valeur de la monnaie, précise la Banque, repose sur la politique économique et la discipline financière, et non sur la forme du billet.
Ce qui distingue l’expérience syrienne est l’inscription de ce geste dans un large projet de transformation politique et économique, rompant avec les errements du passé qui ont entraîné une inflation galopante et une perte de confiance dans la monnaie. La nouvelle monnaie symbolise le point de départ d’une réforme profonde, qui devra s’accompagner d’actions ambitieuses dans les secteurs de la production, du commerce, du système bancaire et du paiement électronique, à l’image des pays ayant réussi cette transition.
Les Points Importants
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Une stratégie intégrée et non un simple ajustement : La suppression des zéros s’inscrit dans un programme cohérent mêlant contrôle monétaire et réformes structurelles.
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Leçons internationales : L’expérience française de 1960, la réforme allemande d’après-guerre ou la transformation turque offrent des cadres de référence précieux, soulignant l’importance d’une politique économique rigoureuse et d’un appui institutionnel fort.
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Éviter les échecs du passé : Les échecs de pays comme l’Argentine montrent que seule une politique monétaire solide, accompagnée d’une stabilité politique, permet de redonner force et crédibilité à une monnaie.
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Le rôle clé du retour des capitaux : Pour la Syrie, le rapatriement des fonds dissimulés ou détenus hors du pays est un enjeu central afin de renforcer la liquidité nationale.
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Un impact direct sur le quotidien du citoyen : L’opération est conçue pour être sans frais ni perte pour la population, tentant de restaurer la confiance nécessaire à la stabilité économique.
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Des réformes complémentaires nécessaires : Pour garantir le succès durable, la réforme monétaire doit faire partie d’une ouverture économique plus large incluant modernisation bancaire, digitalisation des paiements et dynamisation des échanges.
Cette initiative syrienne, bien qu’encore fragile, mérite une attention internationale approfondie. Elle témoigne de la capacité d’un pays à tirer les enseignements de parcours étrangers, et à amorcer une transformation profonde dans un contexte particulièrement complexe. En cela, elle ouvre un débat essentiel sur le rôle des politiques monétaires dans la reconstruction d’un tissu économique national, notamment dans les zones fragiles ou post-conflit. Au-delà de la politique, l’enjeu est d’ordre social et humain : comment restaurer la confiance des citoyens en leur économie et assurer un avenir durable ? La France, forte de son expérience historique et de son rôle dans l’économie mondiale, dispose d’un savoir-faire précieux qu’elle peut partager, marquant ainsi son engagement durable envers la stabilité et la prospérité des régions francophones et au-delà.
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