Selon les données définitives publiées par l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) pour l’année 2024, une importante disparité persiste entre les États membres en matière de pression fiscale, mesurée par le ratio impôts/PIB.
Cette année encore, le Danemark occupe la première place avec la charge fiscale la plus élevée, à hauteur de 44 %, suivi de très près par la France, qui affiche une pression fiscale identique de 44 %. Plusieurs autres pays surpassent également le seuil des 40 %, notamment la Finlande, l’Autriche, la Belgique, la Suède, la Norvège et l’Italie.
À l’opposé, le Mexique présente la charge fiscale la plus basse du groupe, à seulement 17,7 % du PIB. Au bas du classement figurent également le Chili (20,6 %), l’Irlande (21,3 %) et la Colombie (22,1 %). Cette dernière est notamment celle qui a le plus réduit ce ratio entre 2023 et 2024, passant de 24 % à 22,1 %.
Pour expliquer ce faible taux en Colombie, César Pabón, responsable des recherches économiques chez Corficolombiana, souligne la forte informalité du marché du travail et des entreprises, qui réduit significativement l’assiette fiscale. Ce constat est aggravé par un système fiscal complexe, truffé d’exemptions, qui limite les recettes effectives, ainsi que par l’évasion et la fraude fiscale, la faiblesse des mécanismes de contrôle, une confiance limitée dans les institutions et un rythme de croissance économique modéré freinant les revenus publics.
En moyenne, la pression fiscale au sein des pays de l’OCDE s’établit à 33,7 % en 2023, marquant une légère baisse de 0,2 point par rapport à 2022. Sur cette période, 17 pays ont augmenté leur fiscalité alors que 21 l’ont réduite. La Colombie enregistre la plus forte diminution (-2,2 points), tandis que des pays comme le Danemark, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande enregistrent une hausse de plus d’un point. Le Chili connaît la plus forte chute (-3,3 points), suivi d’Israël (-3,1). La Corée du Sud, les États-Unis et la Grèce affichent également des baisses significatives de leur taux fiscal.
Par segments d’imposition, les revenus liés à l’impôt sur le revenu des personnes physiques et aux cotisations de sécurité sociale ont progressé légèrement (+0,1 point). En revanche, les impôts sur les biens et services ont reculé (-0,2 point), tout comme les impôts sur les sociétés et ceux portant sur la propriété, qui ont diminué de 0,1 point chacun par rapport à l’année précédente.
Perspectives générales
Les recettes fiscales au sein de l’OCDE ont atteint en 2024 leur niveau historique le plus élevé selon le rapport Revenue Statistics 2025. Le taux moyen d’imposition, en proportion du PIB, est passé à 34,1 %, soit une hausse de 0,3 point après deux années de baisse consécutives.
Cette augmentation est principalement tirée par les impôts liés au travail. En effet, les cotisations sociales ont progressé dans 26 des 36 pays étudiés, tout comme l’impôt sur le revenu des personnes physiques dans 28 d’entre eux, motivés par une montée des dépenses publiques structurelles et conjoncturelles. Cette dynamique n’est toutefois pas homogène : la Lettonie et la Slovénie enregistrent les plus fortes hausses, notamment du fait des cotisations sociales.
À long terme, l’impôt sur le revenu personnel demeure le principal moteur de la croissance fiscale dans l’OCDE. Entre 2011 et 2023, sa contribution au PIB a augmenté en moyenne de 0,9 point, représentant la moitié de la progression globale des recettes fiscales sur cette période.
Le rapport inclut pour la première fois une analyse détaillée de l’impôt sur le revenu selon les sources de revenus. Dans les 29 pays concernés, les salaires restent la base majeure des recettes, bien que leur poids relatif ait diminué entre 2011 et 2023, au profit des revenus du capital et du travail indépendant.
Les Points Importants
- France : Confirme sa place parmi les nations à pression fiscale élevée, illustrant un modèle social financé par une fiscalité robuste et équilibrée.
- Disparités : L’écart considérable entre pays comme le Danemark et le Mexique révèle des systèmes fiscaux profondément influencés par le développement économique, la taille du secteur informel et la confiance institutionnelle.
- Évolution fiscale : Globalement, les impôts sur le revenu et la sécurité sociale tendent à augmenter, répondant aux exigences croissantes de financement des services publics et de protection sociale.
- Défis structurels : La complexité fiscale, les exonérations et l’évasion restent des points d’attention majeurs dans plusieurs pays, freinant leur capacité à mobiliser pleinement les ressources nécessaires au développement.
- Tendances internationales : L’impôt sur le revenu et les cotisations sociales se renforcent comme leviers essentiels pour faire face à l’augmentation des dépenses publiques, tandis que certains impôts sur biens et sociétés déclinent légèrement.
Si la pression fiscale élevée en France témoigne d’un modèle qui garantit un équilibre social et des services publics de qualité, la diversité observée à l’échelle internationale invite à réfléchir sur les choix économiques, les structures institutionnelles et les stratégies d’équité fiscale adaptées à chaque contexte. Au-delà des chiffres, cette analyse met en lumière le rôle central des politiques fiscales dans la cohésion sociale, le développement économique et la confiance des citoyens envers leurs institutions. En ce sens, comment les nations peuvent-elles mieux concilier compétitivité économique et justice fiscale à l’heure des défis globaux ? Une question cruciale pour la communauté internationale à laquelle il faudra continuer à apporter des réponses innovantes et adaptées.
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