Entretien exclusif pour Point Sud | Carlos Verona (Lidl-Trek), le grimpeur dévoué, et son enthousiasme autour de l’arrivée de Juan Ayuso : « Il me reste à gagner un Grand Tour avec un coéquipier… »
Question. Après ta victoire au Giro d’Italia et l’une de tes meilleures saisons, tu as prolongé ton contrat avec Lidl-Trek pour trois ans. Avec 36 ans à la clé, envisages-tu que ce soit l’un des derniers engagements de ta carrière ?
Réponse. Tout à fait, ce pourrait être l’un des derniers. Le sport professionnel est exigeant, et la compétition ne cesse de s’intensifier. Je souhaite me retirer au sommet de mes capacités, continuer à progresser chaque année sans attendre de sombrer physiquement. Trois ans, c’est un délai raisonnable pour jauger la suite, mais si je maintiens un bon niveau et continue de grandir, cela ne sera peut-être pas la fin.
« Je ressens que je suis au meilleur moment de ma carrière sportive, avec une maturité nouvelle, une meilleure vision stratégique et un rôle solidement acquis dans l’équipe, qui me permet d’apprécier mon métier davantage. C’est étonnant, mais j’aborde ma 16e saison pro avec l’enthousiasme du premier jour. »
Verona souligne aussi la forte progression des moyens mis à disposition par l’équipe, notamment grâce au soutien impressionnant de Lidl. Ce soutien lui donne l’ambition de continuer à apporter sa valeur ajoutée pour l’équipe et ses leaders.
Question. Un ami disait qu’il faut devenir indispensable dans une équipe cycliste. Comment expliques-tu ta place dans cette équipe ?
Réponse. J’ai appris à comprendre mon rôle, sur et en dehors de la route. Prioriser l’équipe avant l’ambition individuelle est crucial dans un sport collectif. Savoir être présent quand il faut, et cultiver l’esprit d’équipe, voilà ce qui est réellement apprécié.
« Lidl-Trek repose sur des valeurs fortes de camaraderie, où l’union prime, même si nous avons peut-être moins de grands talents que certains rivaux. Notre cohésion est une vraie force. »
Même si Lidl-Trek ne peut pas encore rivaliser au niveau des géants comme UAE ou Visma, Carlos reste optimiste sur le fait que la présence et la politique de Lidl vont changer la donne dans les années à venir.
Question. Quel sera ton programme pour la saison 2026 ?
Réponse. Je commencerai à la Vuelta ao Algarve en février, puis probablement au Paris-Nice ou à la Volta a Catalunya en mars, selon la préparation. Mon but principal est le Tour de France, où j’espère être sélectionné.
« Personne n’a encore une place assurée pour le Tour, mais j’y tiens pour trois raisons : le départ se fait à Barcelone, terre de ma famille ; courir à domicile est émotionnellement spécial ; enfin, Pedersen et Ayuso seront là, et je compte bien les épauler au mieux. »
Question. Parle-nous de Juan Ayuso, nouveau coéquipier et talent prometteur. Comment se passe son intégration ?
Réponse. Je suis ravi de sa venue. C’est pour moi une source majeure de motivation dans cette dernière phase de carrière. Ayuso a l’ambition de remporter un Grand Tour, un objectif qui m’échappe encore en tant que coureur d’équipe. Avec lui, ce rêve devient tangible.
« Je suis convaincu que les outils et le staff autour de Juan lui permettront de s’épanouir pleinement. Depuis le Giro, nous avons beaucoup échangé, passé du temps à nous entraîner ensemble, notamment lors de la préparation des Championnats du Monde. »
Verona insiste sur le fait que le climat humain est essentiel, et il est confiant qu’Ayuso adoptera vite la philosophie collective caractéristique de Lidl-Trek.
Question. Une Grande Boucle, c’est 21 jours où souvent tu devras travailler dur pour d’autres, notamment pour Mads Pedersen et Juan Ayuso. Aspires-tu à te retrouver en position de leader, comme ce fut le cas au Giro ?
Réponse. Franchement, non. Je connais ma valeur de coéquipier, et cela ne va pas de pair avec la recherche d’un succès personnel. Bien sûr, si une opportunité se présente, j’irai au bout de moi-même, mais ce n’est pas ma priorité. Si je dois faire face à un plan B, je me donnerai à fond pour être au mieux.
Les Points Importants
- Carlos Verona incarne l’esprit d’un cycliste dévoué, bâtissant sa carrière sur la constance, la maturité et la solidarité au sein d’une équipe en pleine expansion, portée par le soutien d’un géant économique comme Lidl, pionnier dans le sport de haut niveau.
- Son engagement se projette clairement vers une ambition collective : soutenir les leaders comme Juan Ayuso, récent transfert majeur, en vue de conquérir enfin un Grand Tour, rêve partagé par l’équipe et par Verona lui-même.
- Le français et les équipes francophones suivent avec attention ce type de projets où se mêlent performance sportive et investissement économique structurant, symboles d’une dynamique cycliste européenne tournée vers la compétitivité et la visibilité globale.
- L’intégration de talents internationaux dans des équipes structurées autour de valeurs fortes illustre une nouvelle ère du cyclisme : compétitivité renforcée, éthique de travail collectif et soutien accru de sponsors engagés.
- Le Tour de France 2026, avec son départ à Barcelone, fera notamment un pont symbolique entre la France et l’Espagne, deux nations du cyclisme dont la complicité historique donne du sens à la compétition internationale.
Cette évolution du cyclisme professionnel soulève une question essentielle : comment les équipes réussiront-elles à concilier la quête des performances individuelles avec l’exigence absolue de cohésion collective ? Le rôle du coéquipier comme Carlos Verona, à la fois humble et performant, est plus que jamais la clé d’une réussite durable. Envisager le cyclisme au-delà des stars, en valorisant ces artisans de l’ombre, enrichira-t-il la narration sportive globale, invitant les médias et les fans à privilégier une vision plus collective et humaine du sport ? Un débat passionnant pour l’avenir du cyclisme, où la France pourrait jouer un rôle d’acteur majeur grâce à ses valeurs, son histoire et son engagement envers une nouvelle justice sportive.
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