Les États-Unis deviennent la première source d’investissements directs étrangers en Inde au premier trimestre, devançant Singapour et Maurice
Traditionnellement, les investisseurs étrangers privilégiaient des centres financiers offshore comme Maurice et Singapour pour canaliser leurs investissements vers l’Inde. Cependant, un changement majeur s’est opéré : au premier trimestre de l’exercice fiscal 2026, les États-Unis sont devenus la première source d’investissements directs étrangers (IDE) en Inde.
Les flux d’investissement américains ont atteint un montant record de 48,104 milliards de roupies, soit une progression de 282 % par rapport à la même période l’année précédente. Singapour suit avec 39,284 milliards de roupies, tandis que Maurice, en recul à la troisième place, a totalisé 17,791 milliards de roupies.
D’après la Fondation pour la Marque Inde (India Brand Equity Foundation – IBEF), cette dynamique est portée par des engagements majeurs comme celui de Microsoft, qui prévoit d’investir 25,587 milliards de roupies (environ 3 milliards de dollars) durant les deux prochaines années pour étendre ses infrastructures cloud et d’intelligence artificielle. Par ailleurs, Apple soutient l’expansion de sa chaîne de production avec une nouvelle usine Tata Electronics située au Tamil Nadu et l’établissement Foxconn de 2,6 milliards de dollars à Bengaluru, qui devrait assembler les modèles d’iPhone 16.
Selon les données du ministère indien de l’Industrie et du Commerce (DPIIT), l’ensemble des flux bruts d’IDE a progressé de 18 % sur un an au premier trimestre, pour atteindre 1,59 lakh crore (1590 milliards) de roupies. Cette montée en puissance des investissements américains serait liée à l’évolution réglementaire en Inde, conjuguée à un régime fiscal plus attractif, à des accords de double imposition stables et à un contrôle plus rigoureux dans les anciens centres offshore tels que Singapour et Maurice.
Riaz Thingna, partenaire chez Grant Thornton Bharat, souligne que cette tendance traduit une confiance croissante des investisseurs américains dans la stabilité économique et politique de l’Inde. Les opportunités sont nombreuses, notamment dans les secteurs technologiques, manufacturiers et des services. Il évoque aussi le rôle grandissant des Global Capacity Centres (GCC), qui reflètent ce nouvel élan.
Singapour et Maurice à la peine
Si Singapour demeure un acteur majeur, sa croissance des flux d’investissements ne s’élève qu’à 20 %, bien en deçà de la progression américaine. Cette décélération est en grande partie attribuée à un durcissement des contrôles réglementaires. Singapour avait historiquement tiré avantage de son statut d’intermédiaire financier, notamment après les changements dans le traité fiscal Inde-Maurice en 2016, mais les mesures récentes imposant des critères de substance plus stricts ainsi qu’une surveillance renforcée dans le cadre des règles FDI (Foreign Direct Investment) et FEMA (Foreign Exchange Management Act) ont réduit cet avantage.
Maurice connaît quant à elle une baisse des investissements de 33 %, avec 17,791 milliards de roupies ce trimestre, affectée par l’introduction du Principal Purpose Test (PPT) dans l’accord fiscal, qui oblige désormais les investisseurs à démontrer une intention commerciale réelle derrière le routage de fonds via ces juridictions insulaires.
Parallèlement, de nouveaux centres offshore attirent davantage l’attention. Par exemple, les Îles Caïmans ont enregistré une hausse spectaculaire de 268 % des flux, s’établissant à 5,790 milliards de roupies. Chypre, également, a quasiment doublé ses investissements à 9,514 milliards de roupies. Selon Thingna, les Caïmans séduisent grâce à leur régime fiscal zéro et leurs lois de structuration de fonds flexibles, tandis que Chypre garde un attrait notable malgré une évolution graduelle des exigences fiscales et opérationnelles.
À l’échelle mondiale, l’Inde se démarque par sa résilience. Bien que la Chine reste le plus grand bénéficiaire d’IDE, ses flux sont en baisse depuis 2024. Le Brésil, notamment grâce au secteur des énergies renouvelables, enregistre une progression régulière. Cette stabilité économique de l’Inde confère au pays un avantage certain face à ses concurrents en développement, souligne Thingna, même si la Chine conserve une position influente malgré ses défis politiques.
Néanmoins, les observateurs avertissent que la première place des États-Unis est à consolider. Les tensions géopolitiques et les ajustements tarifaires pourraient redistribuer les cartes. Comme le résume Thingna, « une nouvelle posture tarifaire pourrait encore alimenter les flux d’investissements directs à court terme ».
Les Points Importants
- Évolution des investisseurs principaux : Les États-Unis dominent désormais les flux d’IDE vers l’Inde, supplantant Singapour et Maurice, qui se repositionnent dans un contexte réglementaire plus strict.
- Effet des réglementations et fiscalité : Les modifications des règles fiscales, en Inde et dans les centres financiers offshore, influencent fortement les choix des investisseurs internationaux.
- Secteurs en croissance : Technologie, intelligence artificielle, infrastructure cloud, et fabrication de produits électroniques sont au cœur des nouveaux investissements.
- Centres offshore émergents : Les Îles Caïmans et Chypre gagnent en importance grâce à leurs instruments juridiques et fiscaux adaptés aux enjeux contemporains.
- Contexte international : L’Inde bénéficie d’une stabilité économique jugée favorable comparée à des géants émergents comme la Chine ou le Brésil, mais doit garder un œil sur la géopolitique et les tarifs douaniers.
Un Regard depuis Maurice et la Francophonie
Depuis l’île Maurice, qui longtemps a été un pivot financier dans les échanges avec l’Inde, cette évolution soulève une double réflexion. D’une part, elle souligne l’importance d’adapter, sans retard, les cadres réglementaires pour rester compétitifs et attractifs. D’autre part, cela invite à explorer une diversification des modèles de coopération, dans un monde commercial où les flux sont de plus en plus dirigés par les avancées technologiques et le poids stratégique des géants américains.
Côté francophone, ce repositionnement américain met en lumière l’importance de renforcer les ponts économiques et culturels entre la France, ses territoires ultramarins, et les marchés émergents d’Asie. La France, forte de son expertise dans les hautes technologies et l’industrie, pourrait jouer un rôle clé dans la nouvelle dynamique d’investissement, notamment dans les secteurs de pointe identifiés.
Pour conclure… et ouvrir la discussion
Alors, que retenir de ce nouveau paysage des investissements directs étrangers en Inde ? Que la partie est loin d’être finie, bien sûr ! Entre réglementations sans cesse renouvelées, alliances stratégiques qui se redistribuent, et ambitions technologiques de plus en plus audacieuses, l’Inde devient un terrain de jeu où chaque acteur doit sans cesse réajuster ses pièces.
Moi, ça me fait penser un peu à une partie d’échecs avec des jetons en roupies. À force de changer la configuration du plateau, on se demande qui va finalement mater la dame – ou plutôt qui réussira à garder sa place en haut du podium économique. Alors, gardons les yeux ouverts, autant que le sourire, et laissons cette belle aventure continuer à nous surprendre. Qui sait, la prochaine surprise ne viendra peut-être pas des habituels protagonistes !
Publié sur Point Sud, le média qui embrasse la Francophonie des régions jusqu’aux marchés internationaux.
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