Fierté Nationale : Comment Maurice Peut Créer un Fonds Souverain d’Excellence et Surmonter sa Crise MIC

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Un Véhicule National de Confiance : Vers un Fonds Souverain d’Excellence pour Maurice face à la Crise du MIC

Dans un contexte où Maurice fait face à des défis économiques majeurs, l’idée de créer un fonds souverain apparaît de plus en plus comme une nécessité stratégique. Un fonds souverain (SWF), c’est un véhicule étatique destiné à gérer de façon indépendante pour la nation, sur le long terme, un portefeuille d’actifs variés. Ce projet est attendu depuis longtemps, comme souligné dans une analyse récente de « Le Mauricien », d’autant plus que la résolution du différend des îles Chagos et les difficultés persistantes rencontrées par la Mauritius Investment Corporation (MIC) accentuent l’urgence.

La MIC, créée en pleine crise sanitaire en 2020 sous l’égide de la Banque de Maurice (BOM), visait à soutenir des entreprises clés pour l’économie nationale. Mais son financement par création monétaire, soit une impression de 81 milliards de roupies mauriciennes, a inévitablement déclenché de fortes tensions inflationnistes. Ajoutés à cela, des scandales liés à des soupçons d’ingérences politiques, de gouvernance opaque, et des valorisations douteuses, le bilan apparaît aujourd’hui très critiquable.

Deux défis majeurs, deux piliers pour réussir

Maurice doit affronter un double enjeu : la Banque de Maurice porte sur ses comptes des actifs dévalués par cette expansion monétaire, et ses actifs stratégiques sont dispersés entre plusieurs entités, souvent soumises à des logiques politiciennes peu favorables à la création de valeur durable. Face à cela, une gestion coordonnée et professionnelle de ces actifs publics semble indispensable, remplaçant la fragmentation historique.

Pour qu’un fonds souverain fonctionne, deux conditions sont primordiales : disposer d’une taille suffisante pour attirer des partenaires internationaux et garantir une gouvernance robuste, capable de le préserver de toute instrumentalisation politique. Le défi est donc de concentrer les actifs publics et de corriger les défaillances héritées du MIC, en instaurant un cadre indépendant et professionnel.

Comment reconstituer le fonds : Trois piliers essentiels

  1. Le portefeuille de la MIC
    La première étape consisterait à transférer les actifs et engagements du MIC vers le fonds souverain. En échange, la BOM recevrait un titre de créance prioritaire, une sorte de dette privilégiée, garantissant un remboursement dans la durée. Cette opération allégerait le bilan de la banque centrale et lui permettrait de recentrer sa mission essentielle, tout en rassurant les agences de notation et stabilisant la roupie.

  2. Les actifs stratégiques de l’État
    Pour consolider la taille et la diversification du fonds, il est indispensable d’y intégrer d’autres importants actifs publics. On pense notamment aux infrastructures telles que le port, la Central Electricity Board (CEB), la Central Water Authority (CWA), ainsi qu’à des participations stratégiques comme celles dans Mauritius Telecom ou SBM. Cette mutualisation redonnerait cohérence et échelle à une gestion jusqu’ici éparpillée (SICOM, SIC, STC, DBM, etc.), s’inspirant en cela du modèle exemplaire de Temasek à Singapour.

  3. Les revenus liés au dossier Chagos
    Enfin, pour garantir la pérennité financière du fonds, l’intégration sous ce régime des flux financiers actuels et futurs issus du règlement autour des îles Chagos est indispensable. Ces rentrées seraient ainsi protégées contre des usages budgétaires ponctuels, permettant au fonds de croître durablement.

Gouvernance : le socle indispensable pour un avenir durable

Le succès du fonds tient à sa gouvernance. Celle-ci doit être définie par une loi spécifique, garantissant une séparation nette entre propriété de l’État et gestion. Un Conseil d’Administration véritablement indépendant piloterait la stratégie, fixerait les objectifs, contrôlerait les risques et nommerait la direction exécutive après une sélection rigoureuse internationale. La diversité dans la composition du conseil — représentants gouvernementaux, opposition, Banque de Maurice, partenaires économiques, syndicats, experts internationaux — renforcerait cette indépendance.

Les opérations du fonds seraient transparentes, avec des rapports annuels audités publiés en plusieurs langues locales et internationales, pour assurer une légitimité large et durable. Une part des rendements serait protégée pour soutenir la communauté chagossienne, symbole d’une justice à long terme.

Retombées attendues

  • Rendements financiers aménagés : Avec un capital initial supérieur à 200 milliards MUR (plus de 4 milliards USD), le fonds pourrait générer annuellement entre 5 et 7 % de retour en devises, soit environ 250 millions USD par an. Compoundés sur deux décennies, ce montant représenterait près de 40 % du PIB actuel mauricien.
  • Champion de l’économie bleue et du climat : Fort d’une zone océanique considérable, Maurice pourrait investir dans la pêche durable, les énergies offshore, et la conservation marine, devenant une référence mondiale.
  • Aimant à investissements : Ce véhicule crédible attirerait des co-investisseurs internationaux, amplifiant les investissements dans les infrastructures, la transition écologique et les nouvelles technologies.
  • Catalyseur pour l’innovation : En partenariat avec le secteur privé et la diaspora mauricienne, souvent bien implantée en France et ailleurs, le fonds favoriserait l’émergence de secteurs innovants : biotechnologie, intelligence artificielle, économie créative.
  • Centre d’excellence : Le fonds serait une école de rigueur, renforçant la professionnalisation locale des gestionnaires d’actifs et augmentant l’attractivité du pays en Afrique et dans l’océan Indien.
  • Justice intergénérationnelle : Cette institution engage des ressources pour les générations futures, dans les domaines clés que sont l’éducation, la santé et la sécurité sociale.

Maintenir le statu quo ? Un pari risqué

Laisser la MIC et ses déboires sous la houlette de la Banque de Maurice signifie prolonger une source d’instabilité, sous la loupe constante des agences de notation. Intégrer les fonds Chagos dans le budget général risque de diluer cette manne dans un contexte d’austérité souvent politique. Enfin, la persistance d’une gestion éclatée des actifs publics favorise les dérives et les scandales.

Dans un horizon où le tourisme est impacté par le changement climatique et où l’intelligence artificielle bouleverse les services financiers, un fonds souverain bien géré offrirait à Maurice un levier indispensable de souveraineté économique.

Nos descendants verront-ils en ce moment charnière la naissance d’un geste visionnaire ou plutôt le gâchis d’une occasion historique ? À la rédaction de Point Sud, les paris sont ouverts — et nous qui aimons garder un œil sur les affaires internationales, on se dit que si la France offre toujours conseils et modèles à Maurice, c’est qu’elle norlmalement croit fort en cet échange entre îles et continent.


Les Points Importants

  • La création d’un fonds souverain pour Maurice intervient dans un contexte de nécessité urgente, exacerbée par les difficultés du MIC et le règlement du différend des Chagos.
  • Ce fonds devrait rassembler, dans une gouvernance professionnelle et indépendante, le portefeuille MIC, des actifs stratégiques publics, et les flux liés aux Chagos.
  • La gouvernance proposée s’appuie sur des standards internationaux, un conseil équilibré et une séparation claire entre propriété étatique et gestion.
  • Les retombées économiques pourraient être substantielles, offrant un rendement stable, un levier pour la transition écologique et la diversification économique.
  • La stratégie vise à inscrire ce fonds dans une dynamique longue, avec des bénéfices sociaux marqués notamment envers la communauté chagossienne.
  • Le maintien du statu quo comporte des risques importants, surtout en regard des évolutions économiques globales et des défis climatiques.

Un Regard d’Outre-Mer : Vue à l’International

  • Le modèle singapourien Temasek inspire la structuration d’actifs publics en portefeuille unifié; le rapprochement entre Maurice et la France peut favoriser l’intégration de meilleures pratiques européennes et mondiales.
  • L’expertise financière française, notamment en gestion d’actifs souverains (exemple Agence des Participations de l’État), pourrait soutenir la montée en compétence de Maurice.
  • À l’heure où la gouvernance des fonds souverains est scrutée par les agences de notation internationales, il est stratégique pour l’île Maurice de s’aligner avec les Principes de Santiago reconnus mondialement.
  • L’intégration d’une économie bleue responsable sur une vaste zone maritime peut positionner Maurice en leader régional, en partenariat avec des pays européens engagés dans la transition écologique.
  • Le fonds pourrait devenir un vecteur de diplomatie économique, reliant la francophonie, l’Inde, l’Afrique et au-delà, telle une interface d’investissements stratégiques.

Pour finir, entre ironie et optimisme

On peut dire qu’entre imprimer de l’argent et imprimer une bonne gouvernance, Maurice n’a pas le choix… Peut-être qu’avec un fonds souverain bien ficelé, le pays évitera que les futures générations se demandent si l’on a su transformer un pot d’échappement monétaire en moteur économique durable. Et qui sait, avec un soupçon d’audace, on pourrait finir par être le “Warren Buffett de l’océan Indien” – ou au moins, un exemple à suivre pour nos voisins. Voilà qui rendrait la critique des agences de notation un peu moins… sonnante et trébuchante !


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