LA NÉVROSE D’UN QUÉBÉCOIS

Texte : Yvan Parent, chroniqueur.

Lors d’une campagne électorale du Québec, si je m’en tiens aux deux principaux partis, nous avons eu le choix entre deux approches.  Celle de maintenir le statu quo pour ceux qui ne veulent pas oser et préfèrent s’inscrire et se sécuriser dans le moule de l’obéissance en pensant d’enfreindre la loi. L’autre approche concerne ceux qui osent et se permettent non seulement de critiquer, mais de vouloir changer une organisation sociale qui ne répond pas à leur besoin et de vouloir un territoire bien à eux en se refusant de se rapporter à des étrangers. Ils rêvent du jour ou la masse obéissante basculera et plongera avec eux dans cette nouvelle société qui remplacera celle existante. Ceux qui n’osent pas préfèrent au départ s’en remettre au système existant, mais ils pourraient très bien s’accommoder avec un autre système.
Dans mes rencontres avec certains citoyens, lors de la période électorale, au moment où les sondages donnent le P.Q. en avance, je constate beaucoup de peur et même plus, de l’angoisse chez mes compatriotes. Ils ne veulent pas en discuter, je dis même qu’ils aiment mieux parler d’autres choses, jusqu’aux moments où les sondages changent pour favoriser les promoteurs de la continuité. Le chef et son équipe laissent le programme de côté pour s’en remettre à la peur du changement c’est-à-dire la peur du référendum ; ils veulent gagner.
Le vénérable René Lévesque nous a permis de rêver, mais il s’est aventuré imprudemment sur un chemin miné, dans une guerre sans munitions. C’est le fusil à l’eau contre le bazooka. Quand on se lance dans une guerre avec la préoccupation de vouloir être vu comme un grand démocrate plutôt que de vouloir la gagner;
c’est une tricherie. Quand on va jusqu’à vouloir le beau risque ; c’est une tromperie inacceptable. Vouloir un pays : ça ne se marchande pas.
À l’exception de Parizeau, tous les autres leaders du P.Q. ont voulu jouer sur des concepts pour endormir la population. Ce fut le cas dans cette dernière campagne électorale où la confusion a été rejetée par une bonne partie de la population. Jean-Martin Aussant d’Option Nationale a compris que l’orientation du P.Q. sous la direction de Madame Pauline était mauvaise et il a décidé de partir.
L’objectif de contrôler notre pays sera ma raison d’intervenir auprès de ceux et celles que je rencontre dans mes activités quotidiennes. Quand nous échouons  à rallier nos concitoyens, il nous faut accepter le verdict de la population et continuer à travailler à réaliser ce pays qui existe, qui est identifiable, mais que l’on ne contrôle pas.
Pour terminer, je vous informe que je vis un tiraillement qui a commencé à l’école primaire. Je me souviens que chaque vendredi à l’entrée des classes l’après-midi, on réunissait tous les élèves de l’école dans la salle de récréation pour un salut à certains de nos défenseurs de la Nation, comme Adam Dollard-des Ormeaux. Alors qu’un étudiant tenait bien haut le drapeau du Québec, on nomme chacun des combattants et nous devions répondre : mort au champ d’honneur. Je sens au plus profond de moi un respect pour ceux qui nous disait-on ont défendu la Nation. L’exercice se terminait par l’hymne national du Canada. Chaque vendredi, je sortais de cet exercice chamboulé, car je vivait dans mon cœur de jeune enfant une contradiction intolérable : être pour mon pays représenté par le drapeau du Québec et chanter l’Ô Canada. Cette contradiction se poursuit encore aujourd’hui à chaque fois que j’entends l’Ô Canada.
Pour moi ce français de 22 ans Adam Dollard-Des Ormeaux commandant la garnison du fort de Ville-Marie et les 16 membres de son groupe a acquis une notoriété que je respecte. Même si certains en parlent comme d’un mythe. Je suis sûr que c’est un brave.
Je sais que je quitterai ce monde non comme un Canadien, mais un Québécois qui s’est forgé l’âme un vendredi après-midi à l’école Saint-François d’Assise de la Longue Pointe à Montréal qui chante l’Ô Canada avec un drapeau du Québec dans ses mains.

mgrparent@hotmail.com

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