Bien moins de 1%

Texte : Gérard Deschênes – Photo : canadianimmigrant.ca

La période estivale qui s’achève sonne le temps de reprendre ma chronique sur l’immigration amorcée au début 2016 dans Point Sud que je remercie. Il faut bien dire que les sujets ne manquent pas par les temps qui courent. L’actualité, tant internationale que d’ici, informe, suscite des débats, trop souvent exacerbe les passions sur ce sujet aussi ancien que l’humanité soit les migrations humaines, leurs effets sur les personnes migrantes et les sociétés d’accueil.
Je vous ai déjà parlé de cet excellent document de consultation préparé par le Gouvernement du Québec dans le cadre de la consultation publique sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2017-2019. J’y reviens. D’abord, résumons le contexte général  de l’immigration québécoise :  (1) en 2013, 232 millions de personnes soit 3,3 % de la population mondiale ne résidaient  dans son pays de naissance,  (2) au cours des dix dernières années, plus de 2,5 millions de personnes ont choisi le Canada comme pays de résidence et (3) le Québec a accueilli environ 51 000 immigrants annuellement pour la période de 2012-2015.
La politique d’immigration québécoise considère différentes catégories d’immigrants selon les motifs de leur demande d’immigration :

Immigration économique : ce groupe comprend principalement des travailleurs qualifiés et des gens d’affaires  et représente 61 % de l’immigration en 2015;
Regroupement familial : ce groupe comprend les personnes venues rejoindre des proches déjà installés au Québec et représente 21,5  % de l’immigration en 2015;
Personnes réfugiées (15,5 % en 2015), qu’elles soient prises en charge par l’État ou parrainées. Selon l’ONU, en 2013, les réfugiées ne représentaient, heureusement, que 7 %  (15,7 millions de réfugiés à travers le monde) dont près de 90 % avaient trouvé refuge dans les régions pauvres en développement.

Cette différenciation  laisse déjà voir que les raisons qui incitent des hommes et des femmes à tout quitter pour refaire leur vie ici sont multiples rendant, sur ce sujet, les généralisations bien souvent oiseuses. J’aime relever ces mots de Jaeger1  sur le piège de l’immigration qui peut se refermer sur eux et elles : « Une chose est certaine, que l’on exprime peu : les hommes,  les femmes, les familles ne s’engagent pas dans le projet de migrer sans une réelle obligation. Ils le font parce que c’est la seule alternative qui puisse encore les animer, dans un monde connecté qui leur tend les bras sans scrupule au péril  d’un choix hasardeux, parfois bénéfique, souvent illusoire, toujours triste ».
Un calcul simple nous confirme que le nombre annuel de nouveaux arrivants correspond environ à 0,7 % de la population canadienne et à 0,6 % de la population québécoise.  Bien moins de 1% dans les deux cas. Pas vraiment de quoi se targuer d’être une société si généreuse  et si ouverte à ceux et celles qui rêvent de liberté, de dignité et d’une meilleure vie. Pas de quoi non plus craindre cet envahissement par des « étrangers» au point de sombrer parfois dans l’intolérance et  la xénophobie que des politiciens opportunistes et sans scrupules se chargeront d’attiser. Enfin, pas de quoi s’inquiéter du fait que les bien modestes budgets gouvernementaux consacrés  à l’accueil et à l’aide à l’intégration des personnes immigrantes menacent notre niveau de vie  et nuisent au développement de notre riche société.

Je cite encore Jaeger qui souligne que « …le droit à la mobilité humaine est devenu le bien le plus mal partagé qui soit, dans un monde où circulent librement les marchandises et les capitaux, les informations, les images et les idées ».

Gérard Deschênes, président du CA
Maison internationale de la Rive-sud
ger.deschenes@gmail.com

1. JAEGER, G. A.. «L’immigration»,
Eyrolles, 2016

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