Une séance de lecture à la pêche

Texte : Yvan Parent, chroniqueur.

Depuis plusieurs mois, je m’adonne à l’écriture d’un premier livre. Déjà, enseignant au secondaire, des confrères et des consoeurs me talonnaient et m’incitaient à l’écriture d’un livre. Aujourd’hui, ils aiment bien mes chroniques, mais ils anticipent le plaisir de profiter de plusieurs heures consacrées à la lecture d’un livre.

Malgré ma facilité à rédiger des chroniques, j’entrevoyais difficilement la rédaction d’un livre. Un jour, je me rends à la bibliothèque et je vois en promotion un livre du romancier américain Jack London, un roman comprenant ses  récits autobiographiques. Là, je sais ce que sera mon premier livre. Tout au long des années, j’ai accumulé de nombreux souvenirs qui peuvent témoigner d’une vie à raconter.Je m’installe à l’ordinateur et j’élabore rapidement un plan et une cédule pour la réalisation finale de cet ouvrage :
Premier récit : Le parcours scolaire de 5 ans jusqu’à l’université ;
Deuxième récit : Le parcours d’une carrière consacrée à l’enseignement et aux loisirs ;
Troisième récit : le parcours de la retraite et de mon engagement au journal Point Sud ;
La quatrième partie : Le choix des chroniques déjà rédigées à publier dans le livre.
Présentement, je termine la rédaction du premier récit qui aura environ 90 pages. Déjà, j’ai sélectionné la plupart des chroniques à paraître dans le livre.
D’ici les fêtes avec une possibilité d’un prolongement jusqu’à Pâques, je m’attellerai à la tâche pour la rédaction du deuxième et du troisième récit.
En général, je m’installe à l’ordinateur à la levée du jour soit vers 6 heures et jusqu’à midi. Après le dîner, c’est ma marche en solitaire d’au moins une heure avec souvent un arrêt pour profiter d’un temps de lecture.
Depuis environ vingt ans, la dizaine d’amis pêcheurs renouvellent leur plaisir de participer à une semaine de pêche agrémentée de magnifiques repas préparés par les maîtres cuisiniers du groupe. Cette année, lors de notre rencontre annuelle, cette fois à la réserve faunique Saint-Maurice, j’ai accepté la demande du présent responsable du groupe de lire les 20 premières pages du premier récit, le parcours scolaire. Avec les commentaires très pertinents des auditeurs, le tout dura plus d’une heure et demie.  Voici un passage que vous retrouverez dans mon prochain livre.

Oratoire Saint-Joseph

« Son manque de vigilance est en train de lui faire rater sa vie. Après de nombreux jours d’inconfort et malgré les décisions qu’il s’apprête à prendre en présence des cent invités, Gabriel remet en cause son engagement avec sa fiancée. Les ententes financières prises pour l’achat des meubles et autres promesses contractées par sa famille  augmentent son malaise. Depuis plusieurs jours, il cherche une sortie de secours pour éviter d’être plongé dans une vie qui ne répond plus à ses aspirations.
Les rendez-vous du dimanche avec sa fiancée lui pèsent de plus en plus. Il ne peut continuer d’avancer sur ce chemin, car il se doute que c’est l’échec qui les attend. À la fin de sa journée de cours le samedi après-midi, sur la recommandation du doyen de la faculté, Gabriel profite  de l’offre de ce professeur quinquagénaire qui préfère le célibat pour le transporter gratuitement à Montréal. De semaine en semaine, une amitié se développe entre les deux voyageurs.

Ce professeur, adepte de philosophie, prend connaissance du conflit intérieur que vit présentement son passager sur sa relation avec sa fiancée. Gabriel se dit que ce serait bien de ne pas se rendre à Montréal, mais reporte sa décision à la réception de sa bourse qui devrait arriver bientôt. En attendant, il lui faut l’argent de ses parents pour payer sa pension chaque semaine.

Le professeur qui le conduit à Montréal comprend le dilemme de Gabriel. Il le met en garde de prendre une décision qui serait contraire à ses intérêts. Après un bon échange, ils en arrivent tous les deux à la conclusion qu’il vaut mieux accepter que les autres soient contrariés que de vivre soi-même un mécontentement pour ne pas les indisposer. Une mauvaise décision peut nous affecter longtemps en nous apportant une image négative de nous-même. Il n’y a aucun avantage à retirer pour la personne qui se renie et qui agit avec la seule intention  de ne pas blesser ceux qui l’entourent. Prenons ce qui nous appartient et laissons aux autres ce qui leur revient. Quand on est certain de ce qui nous convient, il faut passer rapidement à l’action, car le temps pourrait nous affaiblir,  nous ébranler et surtout nous fragiliser.

Gabriel se sent de plus en plus inconfortable avec cette décision du mariage. Il lui semble que ce n’est pas une décision bien réfléchie, mais plutôt celle qui s’est imposée avec le temps. À mesure que la date fatidique approche; lui décroche. Gabriel est déçu de lui. Il lui faut se sortir de cette mauvaise passe, mais il est tard pour remettre cette décision en cause. Son sommeil est perturbé. Il lui semble qu’il s’enfonce dans un marais sans fond avec aucune possibilité d’y échapper.

Un matin, il décide et entraîne sa fiancée à l’accompagner à l’oratoire Saint-Joseph. Il ne veut plus se marier et il demande, au prêtre-confesseur, soit par faiblesse, soit par lâcheté ou plus simplement pour s’assurer que le message sera bien compris par celle qu’il quittera, d’en informer sa fiancée ; ce qu’il accepte. C’est dans les larmes qu’elle se présente à sa sortie du confessionnal… »

mgrparent@hotmail.com

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