Les importés

Texte : Gérard Deschênes, président du CA Maison Internationale de la Rive-Sud.

Dans la foulée de la Loi sur l’immigration au Québec adoptée par l’assemblée nationale le 6 avril 2016, le Gouvernement du Québec a lancé une consultation publique sur La Planification de l’Immigration au Québec pour la période 2017-2019.

La cahier de consultation préparé à cet effet est fort bien fait, d’une grande clarté et décrit bien la philosophie québécoise relativement consensuelle sur l’immigration. Un travail bureaucratique parfait. On y retrouve les enjeux, les objectifs, les orientations et les cibles d’admission d’immigrants qui, s’ils sont adoptés – et il y a tout lieu de croire que c’est ce qui arrivera – constitueront le « plan d’affaires » gouvernemental des trois prochaines années.

Sommairement, le plan s’appuie sur cet enjeu fondamental que l’immigration doit répondre aux défis économiques de prospérité de l’État québécois, aux besoins futurs du marché du travail, aux problématiques de développement des régions, aux problèmes découlant du vieillissement de la population et enfin aux menaces permanentes de dépérissement du français comme langue de la majorité.

Comme cela existe maintenant dans à peu près toutes les sphères de la société, la gestion de l’immigration est teintée fortement de l’approche économiste. Ainsi, l’acceptation et l’aide à l’accueil et l’intégration des hommes et des femmes qui souhaitent venir vivre au Québec seront désormais régis par la méthode des avantages/coûts (A/C) qui recherche évidemment un ratio positif. L’État québécois a défini SES besoins et cherche maintenant à les solutionner en partie par la contribution des personnes immigrantes. Si cela se produit, il y aura donc des bénéfices (avantages) pour l’État québécois mais, toujours selon l’approche A/C, il faudra minimiser les coûts d’accueil et d’intégration afin d’optimiser la rentabilité de l’opération. Et c’est bien là que le bât blesse.

Et l’idéologie économiste n’est pas toujours cohérente. Ainsi, monsieur Pierre Fortin, éminent économiste s’il en est un, dans son mémoire présenté à la Commission des relations avec les citoyens, affirme que l’immigration n’est pas nécessairement une bonne solution pour supporter la prospérité économique du Québec, qu’elle présente un coût net pour les finances de l’État, qu’elle ne règlera pas les problèmes liés au vieillissement de la population québécoise mais, allez comprendre, il endosse complètement l’approche économiste des orientations 2017-2019 du gouvernement.

À partir de maintenant pour le gouvernement québécois, l’immigration  devient un ingénieux système d’acquisition de talents et de ressources humaines retirés du pays qui les a éduqués et qui devra affronter un marché très compétitif des talents étrangers. L’État prépare son « plan d’affaires » pour atteindre ses objectifs politiques et économiques et les demandes d’immigration seront analysées, triées, puis supportées de façon privilégiée pour devenir rapidement et pour longtemps des « ressources» essentielles à la réussite du plan.

Il y a bien peu de place dans la pensée gouvernementale pour des préoccupations humanistes et humanitaires qui envisageraient l’immigration du point de vue des personnes cherchant à quitter leur pays  et à s’établir au Canada. Quels sont leurs motifs? Leurs besoins? Leurs ressources? Leurs projets? Au moins, monsieur Pierre Fortin a la franchise de rappeler qu’essentiellement « l’immigration, c’est notre contribution au combat mondial contre les inégalités de revenu et de richesses ».

Cette vision affairiste de l’immigration  envisagée comme un programme d’importation de talents étrangers semble faire consensus maintenant dans les sociétés riches. Cela m’a rappelé mes jeunes années dans mon Lac St-Jean natal où l’on disait que « des importés » s’étaient installés au village, le terme immigrant n’étant pas encore vraiment utilisé. Comme quoi les mentalités évoluent bien lentement.

Gérard Deschênes, président du CA
Maison Internationale de la Rive-Sud.

Laisser un commentaire

You must be logged in to post a comment.