UN AVENTURIER AUX ÎLES

Texte : Yvan Parent, chroniqueur.

Ce matin-là, un bon samaritain m’offre de me conduire jusqu’à la sortie de la ville de Rivière-du-Loup vers le Nouveau-Brunswick. Après une première nuit passée dans une auberge de jeunesse, j’espère traverser la province voisine et arriver à destination avant la nuit.

La chance me favorise, car un jeune couple sans enfants venant du Saguenay espère se rendre coucher au parc Kouchibouguac. Le trajet de 300 km répond à mon besoin. J’espère que l’auto tiendra le coup. Nous arrivons au parc vers la fin de l’après-midi et mes deux hôtes franchissent le parc par une entrée secondaire et évidemment, sans avoir besoin de payer.

Nous coucherons ici. Nous déballons nos bagages et installons chacun notre tente. Le généreux couple m’invite à les accompagner à la plage. Je décide plutôt de continuer mon installation et surtout de trouver mon portefeuille sans leur communiquer mon embarras. Je me sens complètement démuni, car je n’ai plus rien. Sans argent et sans aucune carte, mon monde vient de s’écrouler.

Je décide de faire une nouvelle recherche pour retrouver mon portefeuille. Toujours rien! Découragé, je crois que mon voyage vient de se terminer. Sans aucun espoir, je fais une dernière recherche dans la tente que je suis en train d’installer. Je passe lentement ma main sur la toile du plancher et je sens en dessous la forme d’un porte-monnaie. Au moment même, l’angoisse disparaît et le plaisir de vivre revient immédiatement.
Après une bonne nuit reposante sous la tente, j’attends une autre occasion pour poursuivre mon voyage vers les Îles. C’est un camionneur qui veut que je l’accompagne jusqu’en Nouvelle-Écosse. Je préfère continuer ma route vers Souris.

La noirceur s’impose de plus en plus et je pense à m’installer pour la prochaine nuit. Je demande la permission au propriétaire d’installer ma tente sur son terrain, mais il m’offre plutôt de profiter de son grand garage pour passer la nuit. Au matin, il vient m’inviter à déjeuner. Il est professeur et enseigne à l’Université de Moncton. Après le repas, il doit partir pour se rendre à l’université, mais je ressens son malaise. Je crois comprendre qu’il aimerait que je quitte immédiatement avant son départ. Je m’éloigne de la maison et après avoir gravi la côte, je le vois  prendre la route et se diriger vers Moncton.

Peu après m’être installé pour solliciter un transport, une auto se range et la conductrice m’informe qu’elle se rend à l’Île-du-Prince-Édouard. C’est une très jolie dame qui revient de son travail à New York. Nous aurons à nous débrouiller, car elle ne parle que l’anglais alors que je baragouine cette langue. Je suis troublé par sa voix expressive au timbre riche et son franc sourire. Nous avons quand même réussi à nous raconter un peu nos vies.

Je prends le traversier effectuant la liaison entre le port de Souris et le port de Cap-aux-Meules, aux Îles de la Madeleine. La traversée dans le golfe du Saint-Laurent est d’une durée de cinq heures. Il y a beaucoup de passagers sur le traversier ; certains sont des habitués qui prennent leurs aises et s’allongent sur des bancs pour dormir ; ceux qui en sont à leurs premières vacances dans les Îles semblent excités. À l’approche des Îles, le paysage offre une vision inhabituelle, surtout pour un non-initié comme moi.
Partis de Longueuil très tôt le matin, mon épouse m’a déposé à Boucherville sur l’autoroute Jean-Lesage et j’arrive à l’Auberge de Rivière-du -Loup vers la fin de l’après-midi grâce à l’aide de quatre bénévoles. C’est le quatrième soir seulement que je coucherai aux Îles pour une première fois.
Je me dirige vers l’auberge de jeunesse. J’hésite à m’inscrire, car il ne reste qu’une chambre en rénovation. Je discute avec un habitué de la place, car il me semble que l’atmosphère présente un aspect familial qui me rebute un peu. Par ailleurs, le climat est chaleureux. Je reste. Durant la semaine, les occasions de s’amuser ont été nombreuses.

Aux Îles, il faut apprendre à vivre avec le vent sinon on devient malheureux. Rapidement, je me suis fait des habitudes. Au lever, je noircis quelques pages dans mon journal, je déjeune et je pars marcher les Îles. J’aime la marche en solitaire. Certains aimeraient m’accompagner, mais je refuse. Lorsque fouetté par le vent je deviens trop fatigué, j’entre dans une église. Je continue l’écriture de mon journal et en profite pour méditer. Je profite de mes après-midi au bord de l’eau pour m’adonner à la lecture. Le soir, les résidents de l’auberge se regroupent pour se détendre, écouter de la musique et se raconter leurs aventures. À la fin du voyage, un villégiateur m’offrira un voyage de retour à Montréal à un prix d’ami. Heureux d’avoir mis mes peurs de côté et de revivre comme je le faisais à 20 ans, cette belle expérience.

mgrparent@hotmail.com

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