Votre déclaration d’intérêt s.v.p.

Texte : Gérard Deschènes, chroniqueur, président du C.A. de la MIRS.

Depuis le 6 avril 2016, le Québec dispose d’une loi cadre qui selon la ministre, Mme Katheen Weil, constitue « un système de sélection moderne, rapide et flexible, à la mesure du XXIe siècle, un système qui permet la sélection en continu de personnes dont le profil répond aux besoins de notre marché du travail.» Toujours selon la ministre, ce nouveau système de sélection sera basé sur le modèle de la déclaration d’intérêt plutôt que sur le principe du «premier arrivé, premier servi».

À part quelques objections d’organismes préoccupés par les impacts humains des interventions gouvernementales, cette nouvelle orientation que l’on pourrait qualifier d’approche utilitarisme de l’immigration semble bien reçue par la société québécoise. D’ailleurs, cette vision de l’immigrant-ressource qui pourra combler des besoins en main d’œuvre et soutenir la croissance démographique de sa société d’accueil est une tendance qui s’est généralisée ces dernières années dans les pays riches.

Comme d’autres, je souscris bien sûr à des politiques qui visent à enrayer le taux de chômage inacceptable chez les personnes immigrantes. Mais aussi, comme d’autres, j’ai peine à croire à la capacité des économistes à prévoir avec une relative certitude les besoins en main d’œuvre des entreprises alors que la plupart du temps celles-ci ne peuvent le faire elles-mêmes. Comme d’autres également, j’ai peine à croire à la disparition des barrières corporatives qui constituent un obstacle majeur aux emplois professionnels. Tant mieux si mon scepticisme n’était  pas fondé, laissons le temps démontrer la justesse de cette nouvelle approche.

Mais au-delà de toutes ces politiques sur l’immigration, il y a au cœur de ce mouvement d’êtres humains l’immigrant dont on ne parle pas beaucoup lorsque l’on fait des lois. Dans cette chronique, je voulais rappeler que peut importe le système d’immigration, l’immigrant verra désormais sa vie, pour le meilleur ou pour le pire, totalement bouleversée.
Je reproduis des extraits d’un beau texte de M. Noureddine Bellocine, directeur général de la MIRS sur les états d’âme d’une personne immigrante. Ce texte est paru dans le journal de la MIRS (vol. 7, no.2, juin 2010) et est disponible sur le site internet.

«Au-delà des raisons qui poussent quelqu’un à l’exil, celui-ci reste une expérience humaine intense. Partir, c’est toujours mourir un peu, disait le poète. On ne quitte jamais impunément sa terre natale.

Ceux qui ont dû faire leur baluchon un jour me comprennent sans doute au quart de tour. C’est ce je ne sais quoi qui vous prend quelque fois à la gorge jusqu’à étouffement, pour vous relâcher, fort heureusement, jusqu’à la prochaine crise.
Hormis quelques exceptions, l’exil est souvent une solution de salut, de dernier recours dans une situation extrême. Rarement un choix de vie. Et, pour cause, en d’autres lieux et époques, c’est même considéré comme l’ultime châtiment qu’on pouvait infliger à un citoyen pour faire de lui un métèque.

L’exil est une séparation, un découpage, une rupture, une fracture, un déracinement, une blessure, un renoncement, une perte, avant d’être une condition humaine. Cette expérience humaine peut-être féconde et a été le ressort de créativité dans les arts et la littérature dans les différentes diasporas à travers le monde. L’exil est donc bel et bien un état d’âme, au-delà du statut, des conditions de vie, du pays d’accueil, du regard des autres.»

Comme d’autres, j’ai aussi relevé que la Loi 77  proposait peu de nouvelles stratégies pour aider la personne immigrante à s’épanouir au plan personnel, familial si ce n’est les généralités du Chapitre VI sur la participation à la société québécoise.
Le système de planification et de sélection des immigrants étant maintenant sanctionné, souhaitons que le gouvernement du Québec se préoccupe maintenant des conditions de vie et des états d’âme de ces personnes qui auront choisi de refaire leur vie chez nous et sur lesquelles nous comptons pour assurer la prospérité de ce pays comme le dit si bien le législateur.

Gérard Deschênes
Président du CA de la MIRS

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