La coercition : une mauvaise idée

Texte : Gérard Deschènes, chroniqueur.

La Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (http://tcri.qc.ca/)   regroupe 136 organismes communautaires d’immigration au Québec dont la Maison internationale de la Rive-sud. Dans son mémoire présenté à la Commission de l’économie et du travail, la TCRI joint sa voix à  celles des membres de la Coalition Objectif dignité et revendique le retrait du projet de loi 70.

Malgré les prétentions du projet de loi 70 de permettre une meilleure adéquation entre la formation et l’emploi ainsi qu’à favoriser l’intégration en emploi, les membres de la TCRI  y voient plutôt une approche qui risque fortement d’aggraver la situation d’un nombre important de personnes réfugiées, immigrantes et sans statut dont certaines sont déjà prestataires de l’aide sociale et en situation de précarité, de pauvreté et d’exclusion.

Mais pourquoi ces craintes? Selon la Coalition Objectif dignité, sur les 17 000 nouvelles demandes d’aide sociale, une forte proportion provient des jeunes ou de personnes réfugiées, immigrantes et sans statut.

L’intégration des personnes réfugiées, immigrantes et sans statut est un processus complexe, multidimensionnel (linguistique, économique, social, culturel, politique, religieux), graduel et individuel (selon le rythme et l’histoire de chacun). Il est reconnu que les caractéristiques socioprofessionnelles et les « comportements » sur l’aide sociale des prestataires immigrants sont différents de ceux des prestataires natifs. En effet, proportionnellement, les prestataires immigrants de l’aide sociale sont davantage en couple avec enfants, plus nombreux dans le groupe d’âge 25-44 ans et détenteurs d’un diplôme universitaire en plus grand nombre. Ces caractéristiques peuvent, paradoxalement,  faire obstacle à l’intégration à l’emploi.

Le mémoire de la TCRI et ceux des organismes de la Coalition Objectif dignité ont bien analysé, article par article, les risques du projet de loi 70 qui vise trop à intégrer au marché de l’emploi les premiers demandeurs d’aide sociale au moyen de mesures obligatoires et de pénalités financières plutôt que de proposer des mesures qui permettraient une réelle sortie de la pauvreté tout en préservant  la dignité des personnes assistées sociales. Cette démarche coercitive traduit bien, selon nous, une incapacité à régler cette question, autrement plus complexe qu’elle n’y parait de prime abord. Répondre à la complexité, dans une société démocratique, devrait emprunter un autre chemin que la coercition, quitte à en payer le prix.

Plus fondamentalement, ce projet de loi heurte  quiconque se préoccupe de l’insertion à l’emploi  – les prestataires immigrants dans notre cas – en ce qu’il s’inspire trop de cette idéologie des programmes dits de workfare . Les promoteurs du workfare  croient que les personnes sans emploi sont les premières responsables de leur situation. Toute personne qui fait des « efforts » pour trouver un emploi y arrivera, disent-ils. Or, de nombreuses études démontrent que des facteurs  socioéconomiques hors du contrôle des assistés sociaux expliquent bien davantage les difficultés à trouver un emploi. Dans le cas particulier des personnes immigrantes, d’autres obstacles  s’ajoutent  tel  racisme, la discrimination, les difficultés de faire reconnaître sa formation ou son expérience, les barrières linguistiques.

Nous incitons le gouvernement du Québec à abandonner cette approche pénalisante pour les personnes immigrantes assistées sociales  qui ne seraient pas en mesure de suivre un plan obligatoire d’intégration à l’emploi.   Il faut plutôt concevoir  des programmes et des mesures qui permettront aux nouveaux arrivants de bénéficier  véritablement, pour un certain temps, de l’aide sociale pour s’en sortir et en sortir.

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